La comédie musicale

POMPON
l’artiste
JAMAL
le docteur
BRISÉIS
la princesse
VICTOR
le marin
BRISÉIS
la fée
VICTOR
le clochard
CLÉMENCE
la maitresse

PROLOGUE

vendredi 31 décembre 1999 à 16:00
Théâtre Montmartre Galabru

PROLOGUE

POMPON
l’artiste
JAMAL
le docteur

Devant les rideaux baissés

Les Cloches de Montmartre

Auteur, compositeur : Jean-Vincent Bourgoing
Paroles

Les Cloches de Montmartre

Chabadabadabada Chabadabadabada
Chabadabadabada Un jour on se retrouvera

Chabadabadabada Chabadabadabada
Et l’amour nous embrassera

Party

Auteur, compositeur : Jean-Vincent Bourgoing
Paroles

Party

Ding ; Dang ; Dong

POMPON

C’est parti

JAMAL

Dong ; Dong

POMPON

Ding ; Dang

ACTE I

vendredi 31 décembre 1999 à 16:00
Théâtre Montmartre Galabru

SCÈNE 1

POMPON
l’artiste
JAMAL
le docteur

Une scène vide sans décor

POMPON
s’adresse au public avec un accent du Sud

Je ne comprends rien à cette histoire

JAMAL
le visage caché derrière son masque chirurgical

C’est pourtant simple Pompon

POMPON

Il me prend pour une quiche le docteur « J’ai mal »

JAMAL

Jamal, mon loukoum, c’est libanais

POMPON

On ne capte rien derrière ce masque

JAMAL

Un instant avant l’an 2000 dans un jardin de Montmartre, un clochard ivre veut mettre fin à ses jours, lorsqu’une troupe s’installe pour jouer la comédie écrite à l’occasion qui conte l’histoire d’un enfant abandonné devenu clochard

POMPON

Masque

JAMAL

Il est obligé de le porter
Il est si beau, elle succomberait

POMPON

Ah ?!

JAMAL

D’accord, il lui montre pour voir

POMPON

Un peu comme une dégustation à l’aveugle

JAMAL
soulève son masque

Et voilà !

POMPON

Ah !

JAMAL

Alors ?

POMPON

Quoi ?

JAMAL

Des palpitations, extrasystoles

POMPON

Non

JAMAL

Des éblouissements, flash de lumière

POMPON

Rien

JAMAL

Des vertiges, pertes d’équilibre

POMPON

Pas plus

JAMAL

Ni pulpate, ni stroboscopis, ni badabum
Elle est immunisée

POMPON

Sans doute

JAMAL

Au casting, on cherchait un acteur très beau parlant couramment l’arabe
Il porte un masque et pas un mot d’arabe
Sauf des noms de pâtisseries et « ouille-aïe-aïe »

POMPON

C’est de l’arabe ça ?

JAMAL

On le dit souvent à Beyrouth
Et elle, pourquoi cet étrange accent du Sud ?

POMPON

Parce que le Liban c’est pas au sud peut-être ?!

JAMAL

Et comment parle-t-on d’habitude ?

POMPON
d’une voix grave avec l’accent « titi parisien »

Ah ben d’habitude je jacte comme ça

JAMAL

Bigre tout de même !
Il va demander au metteur en scène s’il a droit aux accents
Il domine assez celui belge

POMPON
avec un accent du Sud

C’est une metteuse en scène

JAMAL

Ne dit-on pas « mettrice en scène » ?
Sans vouloir éduquer

POMPON

Demandons le lui justement, puisque voici la maitresse

SCÈNE 2

POMPON
l’artiste
JAMAL
le docteur
CLÉMENCE
la maitresse

Une scène vide sans décor

CLÉMENCE
entre

Mais où est le décor ?

POMPON

On dit « metteuse » ou « mettrice » Maitresse ?

JAMAL

Il joue belge, envisageable ?

CLÉMENCE

Je lève le doigt pour poser une question

POMPON
lève le doigt

Moi Maitresse !

JAMAL
lève le doigt

Lui d’abord !

CLÉMENCE
désigne Pompon

Apolline

POMPON
cherche derrière elle

C’est qui Apolline ?

JAMAL

Elle

POMPON

Moi ?

CLÉMENCE

Tu t’appelles Apolline

POMPON

Moi Maitresse ?

JAMAL
se moque de Pompon

Coucou

CLÉMENCE

En lien avec Guglielmo Alberto Wladimiro Alessandro Apollinare de Kostrowitzky

POMPON

Qui ?

JAMAL

Kiki

CLÉMENCE

Surnommé Guillaume Apollinaire, le poète

POMPON

Un poète ?

JAMAL

Pouët-pouët

CLÉMENCE

Auteur du poème « Les cloches »

POMPON

Comme les cloches ?

JAMAL

Ding dong

CLÉMENCE

« Mon beau tzigane mon amant
Écoute les cloches qui sonnent
Nous nous aimions éperdument
Croyant n’être vus de personne

Mais nous étions bien mal cachés
Toutes les cloches à la ronde
Nous ont vus du haut des clochers
Et le disent à tout le monde »

POMPON

Tellement c’est beau, tellement je chiale

JAMAL

Chichis

CLÉMENCE

Pompon c’est le diminutif d’Apolline
Hypocoristique obtenu par réduplication morphologique
Apolline, Polline, Polin, Poin, Pon : Pompon

POMPON

Voilà !

CLÉMENCE

Pour répondre à ta question, on dit « metteuse en scène »

JAMAL

Et pour l’accent belge ?

CLÉMENCE

Non

JAMAL

Mais Pompon…

CLÉMENCE

Apolline, l’accent du Sud lui va bien
Ça accentue…

POMPON

Le Sud

JAMAL

Il a joué Hamlet avec l’accent belge au Shakespeare’s Globe Theatre de Londres pour son inauguration en 1997 devant la Queen Elizabeth II
« Tu bi ur nut tu bi »

CLÉMENCE

J’ai ouï-dire

JAMAL

Ça veut dire oui ?!

CLÉMENCE

Ça veut dire non !

JAMAL

Un triomphe, le public debout

CLÉMENCE

Pour fuir

JAMAL

Poussant des « hourras » et criant des « bravos »

CLÉMENCE

Je n’ai entendu que les « hou »

JAMAL

Parce que les anglais font une longueur sur le « hou » et un tout petit « rra »
Hou… rra ! Comme ceci

CLÉMENCE

Les corgis de la reine rendus fous l’ont mordue.
Il aura fallu un psychologue animalier pour les apprivoiser

JAMAL

Son plus grand rôle

CLÉMENCE

Et surtout le dernier

JAMAL

Il est vrai que depuis cette représentation, plus rien
Il reste à la maison, se promène en forêt, part à la cueillette

POMPON

Il est passé d’Hamlet aux champignons

JAMAL

On ne fait pas d’Hamlet sans casser des œufs

CLÉMENCE

Pourquoi le décor n’est-il pas monté ?
Le réveillon de l’an 2000 au Théâtre Galabru… certes
Mais pas de décor ?! Pas d’accord !

JAMAL

Elle devrait interroger Victor…
Sans vouloir dénoncer

CLÉMENCE

Lequel, le marin ou le clochard ?

POMPON

Parce qu’il y a plusieurs Victor ?

CLÉMENCE

Victor le marin c’est Victor le clochard, jeune

POMPON

Le clochard jeune

JAMAL
nage la brasse

Mon parrain est marin

CLÉMENCE

Victor le clochard c’est Victor le marin, vieux

POMPON

Le marin vieux

JAMAL

Tout le monde sur le pont, voilà Victor

SCÈNE 3

POMPON
l’artiste
JAMAL
le docteur
VICTOR
le marin
CLÉMENCE
la maitresse

Une scène vide sans décor

VICTOR
entre, les mains empêtrées dans sa corde

À base de bien ou bien ?!

POMPON

À base de bien

VICTOR

Quelqu’un sait faire un nœud marin

JAMAL

Non mais il sait le reconnaître quand il le voit

CLÉMENCE

Qui est-ce ?

POMPON

Le marin mais il a l’air jeune

VICTOR

Je suis le colocataire de Victor
Il ne pourra pas venir, il est aux urgences

CLÉMENCE

Aux urgences ?

JAMAL

Les loyers sont tellement chers
C’est devenu la seule solution pour se loger à Paris

POMPON

Les urgences ?

JAMAL

Duplex splitum, la colocation

POMPON

Sauf pour le docteur « J’ai mal »
Il a ouvert son cabinet dans ma maison de Montmartre

JAMAL

Jamal, mon baklava, c’est libanais
Et puis ne sont-ils pas mariés ?!

CLÉMENCE

Victor ?

VICTOR

Nous répétions la scène où il se pend à un réverbère
Je lui donne la réplique

CLÉMENCE

Je tremble

VICTOR

Du coup, il monte sur mon dos

JAMAL

Un mal dominant… le mal de dos
Sans vouloir insinuer

CLÉMENCE

Je frémis

VICTOR

Attache la corde au lustre du salon
Nous n’avons pas de réverbère dans l’appartement

POMPON

Un gros loyer pour un petit foyer

CLÉMENCE

Je souffre

VICTOR

Se passe la corde au cou

JAMAL

Un marin avec un nœud coulant

CLÉMENCE

Je frissonne

VICTOR

Et là, je ploie sous son poids

POMPON

Il a ployé ?

CLÉMENCE

Je chancelle

VICTOR

Victor pendu tout bleu

JAMAL

Cela ne serait jamais arrivé s’il savait nager

POMPON

Il s’est noyé ?

CLÉMENCE

J’étouffe

VICTOR

Puis le lustre cède et s’écrase sur lui
Un lustre tout en cristal

POMPON

Vous avez envoyé un employé pour nettoyer ?

CLÉMENCE

Je vacille

VICTOR

Victor incrusté de quartz

JAMAL

Encristé, cristallisé probablement

CLÉMENCE

Je titube

VICTOR

Je n’y voyais plus rien alors… j’ai appuyé sur l’interrupteur
Victor électrifié, des étincelles, des éclairs

JAMAL

Électrisé, électrocuté peut-être même

POMPON

Foudroyé ?

CLÉMENCE

Je tressaille

VICTOR

Quand je l’ai laissé aux urgences, il clignotait encore

CLÉMENCE

Je vais aux nouvelles et je reviens

VICTOR

Vas-y ! Tu peux téléphoner avec mon mobile… le dernier Nokia 3210

POMPON

Vous le croyez, il l’a tutoyée

CLÉMENCE

Où ?

VICTOR

Dans la poche de mon jogging

CLÉMENCE

Où ?

VICTOR

Dans les loges

CLÉMENCE

Où ?

VICTOR

Hôpital Lariboisière

CLÉMENCE

Pendant ce temps, montez le décor et faites répéter Victor avec Briséis

VICTOR

Laquelle, la princesse ou la bénédictine ?

POMPON

Parce qu’il y a plusieurs Briséis ?

CLÉMENCE

Briséis la princesse c’est Briséis la bénédictine, jeune

POMPON

La bénédictine jeune

JAMAL
nage la brasse

Après la mer, la sœur

CLÉMENCE

Briséis la bénédictine c’est Briséis la princesse, vieille

POMPON

La princesse vieille

JAMAL

On appelle, on verra bien qui vient

CLÉMENCE
sort, en coulisse

Briséis !

SCÈNE 4

POMPON
l’artiste
JAMAL
le docteur
BRISÉIS
la princesse
VICTOR
le marin

Une scène vide sans décor

BRISÉIS
en coulisse

Laquelle, la princesse ou la bénédictine ?

POMPON
les mains en porte-voix

La princesse vieille

BRISÉIS
entre tenant sa canne comme un sceptre

C’est qui la niaise ?

POMPON

C’est la princesse mais elle n’a pas l’air vieille

VICTOR

Ouille-aïe-aïe !
Elle n’a pas l’air commode

POMPON

Tiens, il parle arabe lui aussi

JAMAL

Plutôt clic-clac que commode, mais joli galbe

BRISÉIS

J’ai croisé Clémence en coulisse
Elle veux que je répète toutes les scènes avec Victor

POMPON

Clémence ?

BRISÉIS

La maitresse

JAMAL

Victor est aux urgences, un « colocataire » le remplace

VICTOR
timide avec Briséis

Avec les filles, j’avance en mode naïf
Je n’ai encore jamais embrassé avec la langue

BRISÉIS
sans voix, bouche bée

Le décor ?!

POMPON

Maitresse Clémence nous a demandé de le monter avant son retour
Des semaines à le peindre, peine perdue

JAMAL

Trois panneaux en bois de pin peints

POMPON

Une surface de douze litres chacun

BRISÉIS

Soit une grande surface en mètres carrés

VICTOR

Le bois ça boit

JAMAL

Une vraie tartine de pain

BRISÉIS

Description du chef-d’œuvre

POMPON

Côté jardin :
Les vignes de Montmartre baignées de soleil, les vendanges avec les confréries de vignerons et les Poulbots, les ailes des moulins qui mêlent dans le ciel leur silhouette à celle du Sacré-Cœur

JAMAL

Et des mouettes

POMPON

J’aime bien les mouettes

BRISÉIS

J’en reste muette

VICTOR

Les mains moites

POMPON

Côté cour :
Le cabaret du Lapin Agile, Picasso penché à la fenêtre, Apollinaire… le poète, avec le père Frédé et son âne Lolo dans l’enclos

JAMAL

Et des cigognes

POMPON

J’aime bien les cigognes

BRISÉIS

Sauf quand on s’y cogne

VICTOR

Ça met en rogne

POMPON

Et au lointain :
Les arbres élégants, les arbustes touffus, le maquis comme une forêt vierge

JAMAL

Et des Satyres

POMPON

J’aime bien les Satyres

VICTOR

La forêt vierge, le satyre ça l’attire

BRISÉIS

Attention ça tire à la satire

POMPON

Où êtes-vous mes beaux panneaux ?

JAMAL

Victor doit le savoir

VICTOR

Affirmatif !
J’ai pris le clochard en train… d’échanger des planches de pin contre des caisses de vin et une liasse de billets

POMPON

Des billets de train ?

VICTOR

Paris-Brest !
Il parle tout le temps de Paris-Brest, de baba au rhum et de galette

BRISÉIS

C’est pas du gâteau notre affaire

JAMAL

Un clochard pour jouer le rôle d’un clochard…
Sans vouloir gloser

VICTOR

Pourquoi lui ?!

BRISÉIS

Il mendiait devant la Basilique du Sacré-Cœur
Clémence lui a fait l’aumône à la sortie de la messe de Noël, puis elle l’a secouru
Le misérable errait ivre mort dans le square Roland Dorgelès

POMPON

Je m’en vais les lui toucher ses deux mots au clochard

BRISÉIS

Visez juste, il put et il a bu

VICTOR

L’abus d’alcool

JAMAL

Prudence

POMPON

Je suis prudente comme un roseau

VICTOR

C’est prudent le roseau ?

BRISÉIS

C’est souple

JAMAL

Et c’est discret

BRISÉIS

Profitez-en pour dire à Briséis d’enfiler son costume et de nous rejoindre
Elle se promène moitié nue dans les loges

JAMAL

Il peut s’en charger

POMPON

Laquelle Briséis ?

BRISÉIS

L’autre

POMPON
presque sortie

La bénédictine jeune

JAMAL

Il devrait peut-être l’accompagner

POMPON
revient

C’est quoi une bénédictine ?

BRISÉIS

Une bonne sœur

POMPON

Une bonne sœur jeune, une bonne sœur jeune…
Je joue de malchance : hier, on me dérobe mes ébauches d’étiquettes pour les bouteilles de la prochaine vendange, maintenant mes peintures

BRISÉIS

Cocasse

POMPON
sort

Cocasse toi même

VICTOR

Quelle plaie ce clochard

JAMAL

Lui les plaies, il les referme, il les cautérise, il les suture, avec un point tellement serré que quand il ouvrira la bouche, il aura les jambes qui se plient et les bras qui se lèvent

BRISÉIS

Comme il fait son bonhomme

SCÈNE 5

JAMAL
le docteur
BRISÉIS
la princesse
VICTOR
le marin
CLÉMENCE
la maitresse

Une scène vide sans décor

CLÉMENCE
entre

Toujours pas de décor

VICTOR

Nous tenons une piste
Et Victor ?

CLÉMENCE

À peine évoquée la pièce, il est parti en courant

VICTOR

Il a pété les plombs ou bien ?!

CLÉMENCE

Vous avez répété ?

BRISÉIS
boite ostensiblement

À peine

CLÉMENCE

Tu boites ?!

BRISÉIS

À peine

VICTOR

Je n’avais rien remarqué

JAMAL

Lui non plus et il est observateur…
Sans vouloir fanfaronner

CLÉMENCE

Où ? Quand ? Comment ?

BRISÉIS

Dans les loges… tout à l’heure… en posant ma couronne

VICTOR

Le poids des responsabilités

JAMAL

Adorable coiffe

BRISÉIS

C’est la couronne de la galette des rois
J’ai toujours la fève pour l’épiphanie

VICTOR

Les rois mages ont choisi leur bonne étoile

JAMAL

Elle lui montre sa fève ?
Il les collectionne

CLÉMENCE

J’aimerais comprendre le lien entre poser une couronne sur la tête et une entorse du genou

JAMAL

En torse…
Qu’on laisse la médecine aux médecins
Il peut palper ?

BRISÉIS

Une maladresse… couronne… tête… genou…
Entorse

VICTOR

Imparable

JAMAL

C’est le genou pas le torse…
Sans vouloir froisser
Il palpe ?

BRISÉIS

Je ne pourrai plus danser !
Je dois renoncer à mon rôle dans cette « merveilleuse comédie musicale »

CLÉMENCE

Tu vas danser !

BRISÉIS

Certainement pas !

CLÉMENCE
poursuit Briséis

Tu vas danser !

BRISÉIS
court en boitant

Non !

CLÉMENCE

Si !

BRISÉIS

Oh maman !

CLÉMENCE

Tu ne m’appelles pas « maman » ici

VICTOR

Sa mère ?… Sa mère !

JAMAL

Ah voilà !
Passe un casting le grand acteur et passe-droit pour la fifille
Sans vouloir médire

CLÉMENCE

J’ai choisi Briséis pour ses talents de danseuse et de chorégraphe

BRISÉIS
danse en boitant

Oh ! Regardez-la danser la boiteuse

VICTOR

Très inspirée

JAMAL

Oui vraiment… visionnaire

BRISÉIS
tombe et se blesse le genou

Ouille-aïe-aïe ! Mon genou

JAMAL

Il palpe !

VICTOR

Je fais don d’organe si une greffe est nécessaire

BRISÉIS

Fort aimable mais nous ne sommes pas compatibles

JAMAL

La rotule est marbrée mais elle roule et la cuisse reste ferme
Patinaz filium, étirement des ligaments, foulure

BRISÉIS

Cette fois c’est plié

CLÉMENCE
faussement anéantie

J’annule le spectacle, je rembourse les places

JAMAL

On en a vendues ?

CLÉMENCE

Adieu les ovations, adieu les éloges

VICTOR

Les ovations…

JAMAL

Les éloges…

CLÉMENCE

Oh Victor…
Dorénavant, tous les enfants s’habilleront en marinière, garçons et filles

VICTOR

Une famille nombreuse

CLÉMENCE

Ah Jamal…
Quel acteur ! Son jeu confine au génie

JAMAL

Il est touché…
Touché

CLÉMENCE

Et Briséis…
Une étoile née à Montmartre brille à Broadway

BRISÉIS

Ok ! J’essaye

VICTOR

Bravo

JAMAL

Merci

CLÉMENCE

La canne te fera une jambe en plus pour ton numéro de claquettes

JAMAL
attrape la tête de Briséis avec ses forceps

Il va la reconstruire

BRISÉIS

Du calme

JAMAL

Victor au pied… la corde

VICTOR
attache la corde au pied de Briséis

Nous voilà déjà unis pour le meilleur et pour le pire

BRISÉIS

Paisible

JAMAL

Clémence, un bon coup avec le livre

BRISÉIS

Tout doux

JAMAL
met le sceptre de Briséis dans sa bouche

Elle mord fort
Il compte jusqu’à trois et à deux… action
L’effet de surprise évite la douleur

BRISÉIS

Je vous entends

JAMAL

Un

VICTOR
tire le pied avec sa corde

Effet de surprise

BRISÉIS

Ouille !

JAMAL
tire la tête avec ses forceps

Deux

BRISÉIS

Aïe !

CLÉMENCE
frappe le genou avec son livre

Trois

BRISÉIS

Aïe !

JAMAL

Et voilà ! Il la revoit dans quinze jours
C’est 200 francs

BRISÉIS
se relève en boitant

200 francs ?!

JAMAL

Fichtre, non, bien sûr, un réflexe…
Inconscience professionnelle

SCÈNE 6

JAMAL
le docteur
BRISÉIS
la princesse
VICTOR
le marin
CLÉMENCE
la maitresse

Une scène vide sans décor

CLÉMENCE
ouvre son livre

Page 123
Vous me jouez la scène de l’embarquement

BRISÉIS
s’accroche à la corde tendue entre les mains de Victor et s’agenouille

Par pitié gentil marin, j’attends un enfant
Je lui donnerai ton nom
Comment t’appelles-tu déjà ?

VICTOR
déstabilisé

Victor

CLÉMENCE

Lorsque Victor est ému, il bégaie

VICTOR
rugit

Victor… Rrr

JAMAL

Molière !

CLÉMENCE

Essaie plutôt sur le V

VICTOR

V v v… Victor… Rrr

JAMAL

Beaucoup mieux

CLÉMENCE

Quel âge as-tu ?

VICTOR

Pile-poil celui du personnage… à la seconde près

JAMAL

Il fait plus vieux, le temps se gâte

BRISÉIS

Moi j’ai vraiment 16 ans

JAMAL

16 ans ?! Elle paraît mûre
Sans vouloir tripot… chipoter

CLÉMENCE

Tu sais danser ?

VICTOR
défile au pas

Je danse plutôt en rythme… binaire

JAMAL

Droite, gauche, droite, gauche…

BRISÉIS
donne du rythme avec sa canne

Demi tour
Gauche, gauche, droite, droite…

VICTOR
se heurte à Clémence

Je maitrise, maitresse

JAMAL

Barre à droite, toute…

BRISÉIS

Quel est votre cap ?

VICTOR
tombe de la scène

Je suis au degré zéro

JAMAL

On laisse la bouée sur bâbord

BRISÉIS

Terminé pour le cap

VICTOR
remonte sur la scène

Oh le bazar, j’ai nourri les poissons

CLÉMENCE

Et le chant ?

VICTOR
fait des vagues avec les bras

Quand je tiens la note je ne la lâche plus
Bè…

JAMAL

Le mâle de la chèvre c’est le bouc

BRISÉIS

Tout juste

VICTOR

Merci

CLÉMENCE

Tu as le rôle

JAMAL
sort

On court au triomphe

BRISÉIS

Droit dans le mur

VICTOR
s’adresse au public, et salue

Public chéri, je voudrais d’abord exprimer ma sympathie à ceux qui vivent ces derniers jours de 1999 dans le bruit et l’odeur
Ce qui paraissait très lointain et qui a longtemps symbolisé le futur, l’an 2000, est devenu une histoire abracadabrantesque
Mes chers compatriotes, oui mais non, je vous souhaite très chaleureusement une bonne et une heureuse année 2000

SCÈNE 7

POMPON
l’artiste
JAMAL
le docteur
BRISÉIS
la princesse
VICTOR
le marin
BRISÉIS
la fée
VICTOR
le clochard
CLÉMENCE
la maitresse

Une scène vide sans décor

JAMAL
entre, une guirlande autour du cou et une branche de gui

Il a trouvé ce qu’il reste du décor et la… « bénédictine »

VICTOR

Vous vous êtes enguirlandés

JAMAL

Surprise
Justement la voilà…

BRISÉIS
volette et chante

Fff… Il n’y avait plus de costume de nonne

POMPON
entre essoufflée, un boombox sur l’épaule

J’ai fouillé partout…
Tiens, une fée

BRISÉIS
se fige

Vous auriez préféré que je vienne en Pape… ou en diable

VICTOR

La mauvaise foi cette bonne sœur

BRISÉIS
fait tournoyer sa baguette

Adieu la nonne, du vent le couvent…
Abracadabra, je suis la fée Bénédictine

JAMAL

Elle est magique avec sa baguette charmante

BRISÉIS

Le dé… ?

JAMAL, BRISÉIS, VICTOR, CLÉMENCE
ensemble

… cor

POMPON

Zut, je l’ai loupé

VICTOR
prend la branche de gui et la lève

Le bras tendu, on ressemble à un arbre

BRISÉIS

Fff… Une harpie n’y ferait pas son nid

JAMAL
prend une baie et la mange

Ingérer une baie facilite la régulation des activités glandulaires
Il lui trouve un arrière-goût de pralin

VICTOR
lève l’autre bras

Et avec une ampoule, ça fait aussi réverbère

BRISÉIS

Pompon pourrait le faire

POMPON
salue

Je suis une artiste, je suis pas une lumière

JAMAL

Il confirme

POMPON
tourne le boombox qui ressemble à son visage

Donc avec un reste de peinture, j’ai customisé ce carton en boombox
C’est modestement la réplique parfaite d’un modèle emblématique des années 80

JAMAL

La ressemblance est étonnante

VICTOR

C’est criant de vérité

BRISÉIS

On jurait l’original

BRISÉIS
jette un sort au boombox

Fais… du bruit

Le hérisson

Auteur, compositeur : Jean-Vincent Bourgoing
Paroles

Le hérisson

Je suis le hérisson
Dans sa promenade
Parmi les fleurs les buissons
Le long des façades

Je fredonne une chanson
Une sérénade
Qui donne de doux frissons
À ceux qui s’évadent

Où aller

Quand je vais vers le nord
Cette odeur qui empeste
Est-ce l’odeur de la mort
Où aller

Lorsque je vais dans l’ouest
C’est la loi du plus fort
Et des pensées funestes
Où aller

Où aller

Je suis le hérisson
Dans sa promenade
Parmi les fleurs les buissons
Le long des façades

Je fredonne une chanson
Une sérénade
Qui donne de doux frissons
À ceux qui s’évadent

Où aller

Plus je vais vers le sud
Plus les gens se détestent
Plus les coups se font rudes
Où aller

Mais si je vais à l’est
Misère et solitude
Sont les maux qui me restent
Où aller

Où aller

Je ne sais plus où aller
Je ne sais plus où aller
Je ne sais plus où aller
Où aller

Je ne sais plus où aller
Je ne sais plus où aller
Je ne sais plus où aller
Où aller

Où aller

Je suis le hérisson
Dans sa promenade
Parmi les fleurs les buissons
Le long des façades

Je fredonne une chanson
Une sérénade
Qui donne de doux frissons
À ceux qui s’évadent

Où aller

CLÉMENCE

Je monte à l’école récupérer un banc
Victor, il y a un toboggan dans la cour de récréation, tu m’aideras à le transporter

VICTOR

Il va être classe notre décor

CLÉMENCE

Pompon, tu nous trouves un grand drap blanc

POMPON

Le drap de la mémé !

CLÉMENCE

Bien blanc, pas de petites fleurs colorées…

POMPON

Tout propre, juste il sent la lavande

BRISÉIS

Fff… Félicitation ! Un toboggan ?!
La Chapelle Notre-Dame-du-Liban, un toboggan ?!
La crèche de la Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre, un toboggan ?!

CLÉMENCE

Et une folle qui vole déguisée en fée

BRISÉIS

Fff… Gnagnagna

CLÉMENCE

Un marin qui se noie dans un verre d’eau

VICTOR

Il y a de l’eau dans le gaz ou bien ?!

CLÉMENCE

Un obstétricien obsédé

JAMAL

Hippokrátês natus, il pratique uniquement l’acte gynécologique
Sans vouloir ergoter

CLÉMENCE

Une demie boiteuse qui se prend pour une princesse étoile

BRISÉIS

C’est pour moi ?

CLÉMENCE

Et « l’autre » d’une sottise très accentuée

POMPON

Là je ne vois vraiment pas qui ?

CLÉMENCE
sort

Les cloches de Montmartre
Ah ! Il me tarde de vous présenter le clochard

POMPON

Nous pas trop

VICTOR

Ce voleur

BRISÉIS

Cet ivrogne

JAMAL

Cette pestilence

BRISÉIS

Ce monstre

POMPON

Ce… clochard

VICTOR

Cet escroc

BRISÉIS

Ce poivrot

JAMAL

Cette infection

BRISÉIS

Cette bête

POMPON

Ce…
Comme l’ambiance est houleuse, je vais vous raconter une blague de poisson
J’en écris plein

JAMAL

Elle les écrit sans arêtes

VICTOR

J’en ai l’eau à la bouche

POMPON
mime un poisson

C’est un poisson rouge qui nage en mer Rouge
« Y a quelqu’un ? »

VICTOR
rit aux éclats

Ahahah ! Ohohoh ! Ihihih !

BRISÉIS
bouche bée

Fff…

BRISÉIS

J’ai compris mais je n’ai pas ri

VICTOR
rit puis s’arrête

Moi j’ai ri, mais je n’ai pas compris

JAMAL

C’est marée basse

CLÉMENCE
en coulisse

Victor !

VICTOR
sort

Je viens

VICTOR
en coulisse d’une voix tonitruante

À l’abordage… et pas de quartier !

POMPON, JAMAL, BRISÉIS, BRISÉIS

Le clochard !

ACTE II

vendredi 31 décembre 1999 à 23:00
Square Roland Dorgelès

SCÈNE 1

POMPON
l’artiste
JAMAL
le docteur
BRISÉIS
la princesse
VICTOR
le marin
BRISÉIS
la fée
VICTOR
le clochard
CLÉMENCE
la maitresse

Un banc, un toboggan renversé, Pompon en réverbère

Les Cloches de Montmartre

Auteur, compositeur : Jean-Vincent Bourgoing
Paroles

Les Cloches de Montmartre

Chabadabadabada Chabadabadabada
Chabadabadabada Un jour on se retrouvera

Chabadabadabada Chabadabadabada
Et l’amour nous embrassera

VICTOR
une guirlande autour du cou, soliloque, rit, râle, boit et titube

Graines d’avortons

CLÉMENCE
entre dos au clochard, son livre en l’air

Suivez le guide
En rang par deux et je donne la main

JAMAL, BRISÉIS, VICTOR, BRISÉIS
suivent en se chamaillant

Hop hop hop !

VICTOR
lit l’étiquette de sa bouteille

« Clos Montmartre »
« Cuvée Jacques Prévert »
Vin rouge plutôt vert
Oh rime riche !
Qui rime riche paye ses dettes

CLÉMENCE

Ici le square Roland Dorgelès, à droite les vignes de Montmartre, à gauche le cabaret du Lapin Agile

VICTOR

Troupeau d’idiots

BRISÉIS

La tour Eiffel va scintiller et s’enflammer comme une fusée

VICTOR

Malgré la tempête de dimanche

VICTOR

« Centenaire 1900 – 2000 »
Jamais serai centenaire et pas envie d’y voir l’an 2000
Ni centenaire ni milliardaire à moi la misère

JAMAL

Des rafales ont bloqué l’anémomètre de la Dame de fer à 216 km/h !

VICTOR

Bande d’andouilles

BRISÉIS

Les arbres, les toitures, les décorations de Noël, tout a volé

BRISÉIS

Fff… Moi aussi

VICTOR

« Au profit du Comité des Fêtes et d’Action sociale du XVIIIe arrondissement »
Pas invité à la fête
Et d’action sociale, connu l’orphelinat, l’armée et la rue

VICTOR

Un véritable ouragan

VICTOR

Ramassis de crétins

JAMAL

Il a même projeté un toboggan dans le square

VICTOR

« 1999 »
Encore un peu et disparu 1999 et le clochard avec
Tiens, vais pendre à ce réverbère

POMPON
passe sa main devant l’ampoule pour envoyer un S.O.S

• • • — — — • • •

VICTOR

X… Y… Z…

CLÉMENCE

S.O.S ! Maintenant

VICTOR
rampe et se cache sous le banc

À cœur vaillant rien d’impossible

VICTOR
passe la guirlande au cou de Pompon

Tas d’attardés

CLÉMENCE

Petit détour par le Château des Brouillards et le buste de Dalida

JAMAL, BRISÉIS, BRISÉIS

Hop hop hop !

VICTOR

« 1ère ébauche »
Ça picole bien dans le viticole

POMPON

Oh le fumier ! Mes étiquettes

VICTOR

Tous abrutis

BRISÉIS

Ensuite nous irons au Sacré-Cœur suivre le feu d’artifice

JAMAL

L’an 2000 dans… Sa montre bugue

VICTOR

« 12,5 % vol. »
C’est du vol !
Une boisson hygiénique, avec un taux sans intérêt d’alcoolémie

CLÉMENCE
sort, son livre en l’air

Suivez le guide
En rang par… à la queue leu-leu

JAMAL, BRISÉIS, BRISÉIS
suivent en se chamaillant

Hop hop hop !

VICTOR

Espèce d’imbéciles

SCÈNE 2

POMPON
l’artiste
VICTOR
le marin
VICTOR
le clochard

Un banc, un toboggan renversé, Pompon en réverbère

VICTOR
caché sous le banc, chuchote à Pompon

Approche

POMPON
s’évente avec la branche de gui et se déplace vers le banc

Quelle horrible odeur

VICTOR

Tais-toi le réverbère, un réverbère ça ne parle pas
Société débile
« 50 cl. »
Soit cinq petits verres ou une grande goulée
C’est pas la mer à boire la tasse

VICTOR

Plus près

POMPON

Quelle terrible humeur

VICTOR

Tiens-toi le réverbère, un réverbère ça ne bouge pas
Peuple dégénéré
« Produit mis en bouteille par Mairie de Paris et Mairie du XVIIIe arrondissement »
Pareil, un bouchon… et pouf
Une bouteille à la mer… et plouf

VICTOR

POMPON

Quelle pénible chaleur

VICTOR
s’allonge sur le banc et somnole

La paix le réverbère, un réverbère ça ne geint pas
À la caille
Monde absurde

VICTOR
se lève de sous le banc et passe sa corde au cou de Pompon

Monde absurde

POMPON
agite les bras

Doucement

VICTOR
se réveille

Silence le lampadaire
Qui va là ?

VICTOR

Qui est là ?

VICTOR

Un ivre mort-vivant… et lui ?

VICTOR

Pareil

VICTOR
assis

Pareil ?!

VICTOR
tire sur la corde

Je mets les voiles

POMPON

Doucement

VICTOR

La ferme la lanterne
Ce réverbère est occupé moussaillon, fais-toi pendre ailleurs

VICTOR

Si il est assez bon pour toi, il est assez bon pour moi

POMPON

Doucement

VICTOR

Ta langue la lampe
Balisé tu entends le novice, va t’en prendre à un autre

VICTOR

Tu as peur que je te fasse de l’ombre

POMPON

Doucement

VICTOR

Repos le bougeoir
Zéro peur de ton ombre matelot, ni de face ni de profil

VICTOR

Je veux mourir

POMPON
tombe

Doucement

VICTOR

En veilleuse la chandelle

VICTOR
tombe sur Pompon

Je meurs, je suis mort

POMPON
ligotée par la corde et la guirlande

Au secours ! Je m’éteins

VICTOR
debout

Debout marin

SCÈNE 3

POMPON
l’artiste
VICTOR
le marin
BRISÉIS
la fée
VICTOR
le clochard

Un banc, un toboggan renversé, dans la pénombre

BRISÉIS
entre et chuchote

Fff… Victor

VICTOR
suffoque sur le toboggan

Par ici… je meurs

POMPON
rampe, ligotée

À l’aide ?!

VICTOR
se cache derrière le toboggan

Bon sang de bonsoir, peut pas calancher tranquille

BRISÉIS
volette

Quelle étourdie
Désolée pour le retard, j’essayais mes ailes

VICTOR

Et voilà… je meurs

POMPON

Assistance ?!

VICTOR
soulève la tête, soliloque

Une fée ?

BRISÉIS

J’ai été détournée par un vol d’étourneaux

VICTOR

Comme je meurs !

POMPON

S’il vous plaît ?!

VICTOR
renifle sa bouteille

Pourtant pas bourlingué d’absinthe ?!

BRISÉIS
approche doucement de Victor

Mon enfant

VICTOR
résiste sans force

Non

POMPON
heurte Briséis et rampe dans l’autre sens

Je suis dans un cauchemar ?!

VICTOR
boit et se retient de rire

Est même pas verte la fée

BRISÉIS
prend Victor sur ses genoux

Mon petit

VICTOR
sans force

Non

POMPON

Quelqu’un ?!

VICTOR

C’est les fées de l’alcool

BRISÉIS

Mon tout petit

VICTOR

Non

POMPON

Une âme charitable ?!

VICTOR

C’est ni fée ni à faire

BRISÉIS

Mon tout petit petit

VICTOR

Bon

POMPON

Personne ?!

VICTOR

Les fées rien que les fées

BRISÉIS
l’embrasse et le berce

Mon bébé

VICTOR

Ma ma ma… maman… Aan

POMPON

C’est possible de faire comme si vous m’entendiez…

VICTOR

Maman ?! Pauvre garçon

BRISÉIS
souffle à son oreille et lance un sort

Fff… Voilà, tu sais tout
Fais… de beaux rêves

VICTOR
s’endort en tétant

Miam miam miam

POMPON

Et me détacher

VICTOR

Victor… marin… bègue… désespéré…
On me croirait à son âge

SCÈNE 4

POMPON
l’artiste
JAMAL
le docteur
BRISÉIS
la princesse
VICTOR
le marin
BRISÉIS
la fée
VICTOR
le clochard

Un banc, un toboggan renversé, dans la pénombre

BRISÉIS
un boombox sur l’épaule, entre avec Jamal

Victor !

VICTOR
s’éveille

Br br br… Briséis… Sss !

BRISÉIS
se cache derrière le toboggan

Fff… Par tous les elfes et les sylphes on ne peut pas…

VICTOR
se redresse furieux

Ho !

BRISÉIS
hurle

Ha !

VICTOR

Qu’est ce qu’on fait ?

BRISÉIS
pose le boombox et enlace Victor

On s’accroche, on s’accroche
Mon fiancé

VICTOR

Ma promise

JAMAL
tente de détacher Pompon

Qu’elle cesse de gigoter elle est toute ligotée

POMPON

Je suis toute ligotée

JAMAL

Alors cessons de tortiller
Elle est ficelée on dirait un saucisson

POMPON

Je suis toute saucissonnée

VICTOR

Personne n’écoute

BRISÉIS

On entend parfois mieux sans écouter
Mon prince charmant

VICTOR

Ma dulcinée

VICTOR

Personne squatte mon square

BRISÉIS
montre le banc

C’est un banc public

VICTOR

Tu te trompes moustique
T’es chez moi

BRISÉIS

Fff… Gnagnagna
C’est le squatteur qui a tord ! C’est le squatteur qui a tord !

VICTOR

Espèce de sal…

BRISÉIS

Hop hop hop
Fais… attention le clochard

VICTOR

Les choses se détériorent

BRISÉIS

Un peu de cran
Mon chéri

VICTOR

Mon adorée

JAMAL

La corde et la guirlande sont totalement emberlificotées
Il n’arrive pas… à les démêler

POMPON

Par pitié docteur
J’ai mal !

JAMAL

Jamal, mon maacroun, c’est libanais
Elle n’aide pas

VICTOR

Ça s’aggrave

BRISÉIS

Courage
Mon cœur

VICTOR

Ma bien-aimée

VICTOR

Engeance de vipères

BRISÉIS

Éponge crasseuse

VICTOR

Cracheuse de crapauds

BRISÉIS

Pot pourri

VICTOR

Morveuse de mouches

BRISÉIS

Bouche d’égout

VICTOR

Baveuse de limaces

VICTOR

C’est de pire en pire

BRISÉIS

On reste à la hauteur
Mon ange

VICTOR

Ma passion

POMPON

Je suis toute ankylosée

JAMAL

Dans ce cas on fait un régime
C’est tout ligaturé là-dedans
Elle tient ce bout-là et elle passe le bras en-dessous

POMPON

Je ne suis pas contorsionniste

JAMAL

Lui non plus il n’est pas contorsionniste
On lâche la main, veut-elle bien lâcher sa main

POMPON

Ne vous fâchez pas, je vous la lâche

VICTOR

L’instant devient critique

BRISÉIS

On tient son rang
Mon tendre amour

VICTOR

Mon âme charmante

BRISÉIS
prend sa respiration et jette un sort sur le clochard

Fais… le canard

VICTOR
résiste puis fait le canard et cancane

Tes sortilèges n’ont aucun pouvoir sur moi
Sale co… in-coin coin-coin

VICTOR

La situation nous échappe

BRISÉIS
entraînée dans la bousculade

On garde son sang froid
Victor !

VICTOR
bousculé

Br br br… Briséis… Sss !

BRISÉIS
lutte avec Jamal qui saisit sa baguette

C’est moi le chef d’orchestre

JAMAL
saisit la baguette pour lancer un sort au clochard

Canardo silencio

VICTOR
cancane plus fort

Coin-coin Coin-coin

BRISÉIS
court se cacher derrière le toboggan

On décroche

VICTOR
suit

Go go go

BRISÉIS

Fff… Vous ne savez pas conduire

JAMAL

Histrionicus Immobulus

VICTOR
court plus vite

Coin-coin Coin-coin

BRISÉIS

On se replie

VICTOR

Sauve qui peut

BRISÉIS

Fff… Moderato le tempo, moderato

JAMAL

Volatile petrificus

VICTOR
cherche à s’envoler

Coin-coin Coin-coin

BRISÉIS
chute

À l’abri… Victor !

VICTOR
secourt Briséis et renverse le banc pour se cacher

À couvert… Briséis !

BRISÉIS

Fff… Trop de fausses notes pour faire un bœuf ensemble

JAMAL
jette un sort sur… Pompon qui se redresse

Metamorfosi tutti quanti et caetera

POMPON
se redresse

J’ai échappé de peu à un bandage…

BRISÉIS
cesse de lutter

Fff…

JAMAL
cesse de lutter

Oups !

VICTOR
cesse de courir

Coin-coin

POMPON
prise de soubresauts fait la vache et meugle

Meuh

BRISÉIS
récupère sa baguette

Elle se meut

JAMAL

Elle m’émeut

Meuh

Auteur, compositeur : Jean-Vincent Bourgoing
Paroles

Meuh

Je me meus, je me meus
Je me déplace, je change de place
Je me meus, je me meus

Vers la gauche, vers la droite
De bas en haut, de haut en bas
En arrière, en avant

Meuh (x4), Meuh (x4)
Meuh (x4), Meuh (x4) Meuh (x3), Meuh (x3), Meuh…
Bè, Mais non pas bè, une vache

Ça fait meuh, ça m’émeut
Je me déplace, je change de place
Je me meus, je me meus

Vers le haut, vers le bas
De droite à gauche, de gauche à droite
En reculant, en avançant

Meuh (x4), Meuh (x4)
Meuh (x4), Meuh (x4) Meuh (x3), Meuh (x3), Meuh…
Bè, Mais non pas bè, une vache

Ça fait meuh, ça m’émeut
Je me déplace, je change de place
Je me meus, je me meus

Meuh (x4), Meuh (x4)
Meuh (x4), Meuh (x4) Meuh (x3), Meuh (x3), Meuh…
Coin-coin Coin-coin, Oh !

SCÈNE 5

POMPON
l’artiste
JAMAL
le docteur
BRISÉIS
la princesse
VICTOR
le marin
BRISÉIS
la fée
VICTOR
le clochard
CLÉMENCE
la maitresse

Un banc, un toboggan renversé, dans la pénombre

CLÉMENCE
entre

Tout se passe bien ?

VICTOR

Bingo ! Mission accomplie

VICTOR

Coin-coin

POMPON

Meuh

BRISÉIS

Un fiasco ! Impossible d’en placer une

BRISÉIS
cache sa baguette derrière elle

Fff… L’effet devrait s’effacer dans…

VICTOR

Saperlipopette
Je me sens coin coincé du bec

POMPON

Je meuh sens fatiguée, fatiguée

CLÉMENCE
regarde la baguette

Du balai la fée

BRISÉIS

Merci pour tout à l’heure
Je t’ai trouvé… héroïque

VICTOR

Moi aussi, je te trouve érotique

BRISÉIS
fait le ménage

Fff… Gaffe aux effets secondaires

VICTOR
cherche derrière lui

J’ai rien pondu en chemin au moins ?

JAMAL

C’est visiblement en train de passer

POMPON

Un train est passé ?

JAMAL

Et non, dommage, tant pis… Il n’a pas dit pis
Sans vouloir distraire… Il n’a pas dit traire
Sans vouloir aiguillonner

POMPON

À partir de tout de suite, le premier qui approche une guirlande ou une corde…
Je lui tintinnabule le grelot à coups de genou

JAMAL

La vache ! Acrobate

POMPON
brandit le boombox et l’enfonce sur la tête de Jamal

Quand au docteur « J’ai mal »…

JAMAL
émet des sons de radio, la tête dans le boombox

Jamal, mon…
… C’est libanais…

POMPON

Changez de fréquences

JAMAL
règle l’antenne

… « l’allocution prononcée par Jacques Chirac »…
… Aurait-elle la délicatesse de lui indiquer comment libérer les ondes…

POMPON

La notice est à l’intérieur… en japonais

JAMAL

… C’est-à-dire qu’il fait sombre là-dedans…
… « le bruit et l’odeur »…
… On y voit goutte… Où est-ce ?…

POMPON

Sur la bande FM… Entre 87.5 et 108 MégaHertz…

JAMAL

… « une histoire abracadabrantesque »…
… Qu’on le sorte de là, il cuit à l’étouffée…

POMPON

À l’étuvée, ça garde sa saveur

JAMAL

… « Oui mais non »…
… Il suffoque, il asphyxie…

POMPON

Respirez par la trappe du lecteur de cassette

JAMAL

… « Et maintenant sur Radio Nova, The Beatles : Help ! »…
… Parce qu’il a un petit cou et une grosse tête…

POMPON

Et bien faites un régime !

JAMAL

… « une bonne et une heureuse année 2000 »…
… Il lui présente ses excuses…

POMPON
retire le boombox

Alors sans rancune aucune

SCÈNE 6

POMPON
l’artiste
JAMAL
le docteur
BRISÉIS
la princesse
VICTOR
le marin
BRISÉIS
la fée
VICTOR
le clochard
CLÉMENCE
la maitresse

Un banc, un toboggan renversé, dans la pénombre

BRISÉIS

Nous ferions mieux de partir

VICTOR

Je t’accompagne

CLÉMENCE

Restez puisque Monsieur le clochard a l’amabilité de nous accueillir chez lui

VICTOR

Môssieur le clochard ?!
Dans 5 minutes, vous me tricotez des chaussettes en shahtoosh

BRISÉIS

Et pourquoi pas un bain chaud

BRISÉIS
montre sa canne

On peut même lui frotter le dos

BRISÉIS

Avec des huiles essentielles

BRISÉIS

Des sels parfumés

BRISÉIS

Et un petit canard

VICTOR

Non pas le canard

CLÉMENCE
fait signe de s’apaiser

Il est vrai qu’un bon bain vous ferait le plus grand bien

VICTOR

Parole de pirate, l’eau c’est bon qu’à naviguer dessus
Pas pour boire ni prendre un bain

CLÉMENCE
visite le square

C’est arrangé avec goût

BRISÉIS

Mais très rigoureusement désordonné

VICTOR

Vous pensez mettre des rideaux aux fenêtres ?

BRISÉIS

Et surtout pas de voisin

VICTOR

Ou des fenêtres aux rideaux ?

CLÉMENCE

Tout le confort

BRISÉIS

Une chambre à coucher

VICTOR

Un grand salon paysagé avec cuisine ouverte

BRISÉIS

Avec plus à boire qu’à manger

CLÉMENCE

Sans doute peut-être même un petit coin toilette ?

VICTOR

Morbleu, le coin toilette, vous y êtes

CLÉMENCE

C’est à dire

VICTOR
désigne Briséis

Ici j’ai fait pipi

BRISÉIS

Ha

VICTOR
désigne Victor

Ici j’ai fait pipi

VICTOR

Ho

VICTOR
désigne Briséis

Ici j’ai fait pipi

BRISÉIS

Hi

VICTOR
désigne Clémence

Et là

CLÉMENCE

Là ?

VICTOR

J’ai fait caca

Pipi caca

Auteur, compositeur : Jean-Vincent Bourgoing
Paroles

Pipi caca

Ici j’ai fait pipi, Ici j’ai fait pipi Ici j’ai fait pipi, Et là… J’ai fait

Caca, Caca caca
Caca, Caca caca
Caca, Caca caca
Caca, Caca caca

Ici, J’ai fait

Ici j’ai fait pipi, Ici j’ai fait pipi Ici j’ai fait pipi, Et là… J’ai fait

Caca, Caca caca
Caca, Caca caca
Caca, Caca caca
Caca, Caca caca

Ici, Il a fait

Ici il a fait pipi, Ici il a fait pipi, Ici il a fait pipi, Et là… Là…

Là… L’a fait

Caca, Caca caca
Caca, Caca caca
Caca, Caca caca
Caca, Caca caca

BRISÉIS

Attention aux fientes

JAMAL
marche dedans

Où cela ? Il n’y a rien…
Pied gauche

POMPON

Oh ! La chance !

VICTOR

Qu’est-ce qu’il fait ?

JAMAL
retire sa chaussure et la renifle

Coprocul excrem

CLÉMENCE

L’analyse des selles est un fondement de la médecine depuis l’Égypte antique

JAMAL

Pouacre, ça parfume

POMPON

Ça poque

JAMAL

Il lui trouve un arrière-nez de pralin…

BRISÉIS

Ça cocotte

JAMAL

Avec de l’hyperglycémie en notes de tête…

VICTOR

Ça cogne

JAMAL

Du diabète en notes de cœur…

CLÉMENCE

Ça tape

JAMAL

Et une cirrhose du foie en notes de fond

BRISÉIS
jette un sort pour transformer les excréments en un branche de gui

Ça fouette
Fait… fécales en feuillus à fleurs

JAMAL

La fée… Elle a changé l’étron en branche de gui

POMPON
ramasse la branche de gui

Chouette ! Nous pourrons nous embrasser dessous à minuit

VICTOR

Une autre baie pour la régulation

JAMAL

Pas là
Il a déjà les activités bien glandulaires

SCÈNE 7

POMPON
l’artiste
JAMAL
le docteur
BRISÉIS
la princesse
VICTOR
le marin
BRISÉIS
la fée
VICTOR
le clochard
CLÉMENCE
la maitresse

Un banc, un toboggan renversé, dans la pénombre

VICTOR

Sapristi ! C’est carnaval ?!
Vous êtes qui ?

CLÉMENCE

Nous sommes une troupe de théâtre et venions répéter quelques scènes qui, hasard truculent de la vie, se déroulent justement dans ce square

VICTOR

Je suis pas un canot de sauvetage qu’on chaloupe
Et je me méfis de ce qui trucule
Si tu trucules comment veux-tu que je t’en…

CLÉMENCE

Calmons-nous et faisons connaissance
Laissez-moi vous présenter

VICTOR

Victor, clochard
Tantôt chaud tantôt lard

CLÉMENCE
présente Pompon

Apolline, artiste
Notre rayon de soleil, décoratrice, costumière, maquilleuse et accessoirement accessoiriste
Pompon joue la femme de Jamal

POMPON

Dame Pompon
Monsieur collectionne mes œuvres ?!

VICTOR

Il a une préférence pour l’abstraction et sa période rouge à points blancs

POMPON

Et pour la soustraction

CLÉMENCE
présente Jamal

Le docteur Jamal, gynécologue
Donc le mari de Pompon

JAMAL

Dans la vie, il est acteur
Il joue gynécologue, mais c’est un rôle

VICTOR

Ce qui amène à se renifler les souliers

CLÉMENCE
présente Briséis

Briséis, notre fille… la plus douée… de la troupe
Chorégraphe

BRISÉIS

La bénédictine jeune, puis la petite amie de Victor

VICTOR

La jeune est jaune, la violette volette
Je commence à y voir… clair

POMPON

Ah non ! On ne change plus les prénoms
Elle s’appelle Briséis, pas Claire

CLÉMENCE
présente Victor

Victor, marin, aventurier
Le frère adoptif de Pompon, puis… son fils adoptif et l’amoureux de Briséis

POMPON

Ah bon ?!

VICTOR

Je suis émotif… ma boussole n’indique pas toujours le Nord

VICTOR

On a plein de points cardinaux en commun

CLÉMENCE
présente Briséis

Et notre « bénédictine »
Briséis, la nièce de Jamal et la mère biologique de Victor
Qui joue aussi la Sainte Vierge de la Chapelle Notre-Dame du Liban, la mère supèrieure du Prieuré des Bénédictines
Qui est surtout compositeur et chef d’orchestre
Elle mène tout ce petit monde à la baguette

BRISÉIS

Fff…

VICTOR
se protège

Pas la baguette

BRISÉIS
présente Clémence

Enfin Clémence, la maitresse d’école

CLÉMENCE

Humblement l’auteur, la metteuse en scène, la régisseuse, machiniste, souffleuse, comptable…

VICTOR

J’ai connu une Clémence fut un temps…
Une gourmande

BRISÉIS

Elle aussi est gourmande

VICTOR

J’étais pâtissier dans la marine
Et ma spécialité, vous devinerez jamais

VICTOR

Le Paris-Brest

POMPON

Le baba au rhum

JAMAL

Un brownie

BRISÉIS

Un millefeuille

BRISÉIS

Du pain perdu

VICTOR

Le far breton

POMPON

Le tiramisu

JAMAL

Des muffins

BRISÉIS

La religieuse

BRISÉIS

La galette des rois

VICTOR

T’as deviné
Le roi de la galette

BRISÉIS

C’est mon gâteau préféré

POMPON

En plus, j’adore tirer les rois

CLÉMENCE

Pompon pourrait-elle vous emprunter vos cartons pour confectionner des valises et ses phylactères ?

POMPON

J’ai des phylactères ?

CLÉMENCE

Les pancartes pour informer les spectateurs

JAMAL

Il kiffe les Ring girls dans les combats de boxe

CLÉMENCE

Tu écris le jour et le lieu de l’action pour chaque acte

POMPON

Je vais les faire en forme de bulle de bande dessinée

CLÉMENCE

Des phylactères

VICTOR

Une bande dessinée en bande organisée

POMPON

Seulement je préfère prévenir, je ne fais pas la pom-pom girl

JAMAL

Elle ferait tarte

SCÈNE 8

POMPON
l’artiste
JAMAL
le docteur
BRISÉIS
la princesse
VICTOR
le marin
BRISÉIS
la fée
VICTOR
le clochard
CLÉMENCE
la maitresse

Un banc, un toboggan renversé, dans la pénombre

CLÉMENCE
désigne le banc

Tout le monde assis
La troupe doit intégrer Monsieur Victor

BRISÉIS

S’il accepte

VICTOR

Merci votre Majesté

CLÉMENCE

Je vous propose d’en débattre d’une façon argumentée et… démocratique

POMPON
s’assied

Je peux m’asseoir avec le docteur « J’ai mal »

JAMAL
s’assied

Jamal, mon katayef, c’est libanais

BRISÉIS
s’assied

Loin du clochard

VICTOR
s’assied à côté de Briséis

La place est libre près de toi ?

BRISÉIS

Fff… Le docteur me chatouille les ailes

JAMAL
mains en l’air

Bien sûr que non Maitresse
Elle ment… Mauvaise

BRISÉIS
menace de sa baguette

Fais… attention le pervers
Le vert, c’est la couleur des fées

JAMAL

Une bénédictine c’est noir et blanc
Mauvasse

BRISÉIS

Imposteur !

CLÉMENCE
à Briséis

Assieds-toi là

BRISÉIS

Fff… Pas à-côté du clochard

CLÉMENCE

La séance est ouverte et la parole circule

BRISÉIS

Le clochard a droit de vote ?

CLÉMENCE

Bien sûr

VICTOR
imite le bruit d’un pet

Chaque doigt te vaudra de l’or
Contrepèterie

BRISÉIS

Oh l’haleine

VICTOR

L’haleine est chargée quand le mouton est tondu

CLÉMENCE

Le débat devrait porter sur les raisons morales qui nous motivent

VICTOR

L’œuf ou la poule ?

CLÉMENCE

« Quant à moi, puisqu’il m’échut ce suprême honneur de servir l’école publique, j’ai fait le serment de consacrer tout ce que j’ai d’intelligence, tout ce que j’ai d’âme, de cœur, de puissance physique et morale à cette mission fondamentale : l’éducation. »

POMPON, JAMAL, BRISÉIS, VICTOR, BRISÉIS
applaudissent

Bravo !

VICTOR

« Et cela afin de faire disparaître la dernière, la plus redoutable des inégalités qui vient de la naissance, l’inégalité d’éducation. »

JAMAL

Vaujour, la Santé, sur le toit de la cour de promenade

CLÉMENCE

Jules Ferry

JAMAL

Il savait, il l’a connu

BRISÉIS

J’invoquerai la Déclaration des droits de l’homme, Article 1er :
« Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. »

POMPON, JAMAL, VICTOR, BRISÉIS, CLÉMENCE
applaudissent

Bravo !

VICTOR

Et le fait de la princesse

VICTOR

J’applique le Code du marin
« Membre de la communauté des gens de mer, il s’attache à la sauvegarde de la vie en mer. Il s’attache à maintenir l’esprit d’équipage, en mer comme à terre. »

POMPON, JAMAL, BRISÉIS, BRISÉIS, CLÉMENCE
applaudissent

Bravo !

VICTOR

Vive la bleusaille, faites la moule pas la guerre

BRISÉIS

Les bénédictines avons pour mission une recherche constante de Dieu dans une vie monastique associée à une vie apostolique
Nous sommes en effet à la fois « contemplatives cloîtrées et actives de plein vent »

POMPON, JAMAL, BRISÉIS, VICTOR, CLÉMENCE
applaudissent

Bravo !

VICTOR

D’où les ailes… Ça vole très haut

JAMAL

Il a prêté le Serment d’Hippocrate
« Il dirigera le régime des malades à leur avantage, suivant ses forces et son jugement, et il s’abstiendra de tout mal et de toute injustice. »

POMPON, BRISÉIS, VICTOR, BRISÉIS, CLÉMENCE
applaudissent

Bravo !

VICTOR

Prêter serment c’est prêter, reprendre c’est mentir

POMPON

Membre du mouvement des artistes surréalistes « Tête à queue », je prône un art libre et sans tabou…
Vous n’applaudissez pas ?

JAMAL

À la clinique, il avait une collègue qu’il appelait pareil
Elle glissait tout le temps

BRISÉIS

Il y a qui dans votre Académie ?

POMPON

Essentiellement des peintres dont le pinceau est fait de poils célèbres

VICTOR

La fourrure de King Kong ?!

POMPON

La barbe de Sigmund Freud… le père de la psychanalyse

BRISÉIS

La crinière de Pégase ?!

POMPON

Les boucles de LaÏka… la chienne astronaute

BRISÉIS

Un sourcil de Cyclope ?!

POMPON

La laine de Dolly… la brebis clonée

JAMAL

La toison de Barbie ?!
Pour un petit pinceau très fin

POMPON
montre son pinceau

La queue de Lolo… l’âne du père Frédé, tenancier du Lapin Agile
Le pinceau et un porte-bonheur sont les reliques du cabaret dont j’ai personnellement hérité

VICTOR

« Et le soleil s’endormit sur l’Adriatique »

JAMAL

Le nom d’un bouge pour marins de contrebande

CLÉMENCE

Un tableau réalisé par Roland Dorgelès en accrochant un pinceau à la queue de l’âne
Présenté au Salon des Indépendants en 1910, il fit scandale !

JAMAL

Il savait, il l’a vu

CLÉMENCE

Passons au vote
Confions-nous les rôles difficiles du mendiant aveugle de la Chapelle Notre-Dame du Liban, du bedeau du Sacré-Coeur et du clochard ?… au clochard !

POMPON

Je vais tourner de l’œil

CLÉMENCE

Ceux « pour » lèvent la main…
Le clochard… et moi
Ceux « contre »…
Pompon, Jamal, Briséis, Victor… Briséis ?

POMPON

Mes pins peints et mes étiquettes

JAMAL

Aucun talent, pas crédible, rien à voir avec le personnage

BRISÉIS

L’odeur

VICTOR

Trop fragile

BRISÉIS

Fff…

CLÉMENCE

Pas d’abstention, 2 « pour », 5 « contre »
La proposition est actée, les résultats seront publiés dès ce soir

BRISÉIS

C’est ça la démocratie ?!

VICTOR

« La démocratie est la dictature de l’ignorance. »

JAMAL

Frédé, le Lapin Agile, juste au-dessus de l’urinoir

CLÉMENCE

Platon

JAMAL

Il savait, il l’a lu

VICTOR

J’ai mes conditions
Une bouteille pleine à chaque scène, et pas du cambusard
Y veut du vin de précision

JAMAL

Pourquoi pas un Romanée-Conti Grand Cru à chaque réplique

VICTOR

Y peut
Y peut y peut mégère entre tes blancs boutons

POMPON

Il a déjà englouti notre décor

VICTOR

Je l’ai même dégluti

CLÉMENCE

Allons allons !
Monsieur Victor fait maintenant partie de la troupe
À condition d’éviter les grossièretés…

JAMAL

Les obscénités…

POMPON

Les mufleries…

BRISÉIS

Les offenses…

BRISÉIS

Les saletés…

VICTOR

Et les bruits douteux

POMPON

Je me faisais une réflexion

JAMAL

Attention, elle va griller son neurone

POMPON

Comme j’étais sous la forme d’une vache, il m’est venu une autre histoire de poisson

BRISÉIS

Le fonctionnement du cerveau reste un mystère

JAMAL

Surtout le sien

POMPON
mime un nettoyage

C’est un requin blanc en mer Noire
C’était bien la peine

BRISÉIS
bouche bée

Fff…

JAMAL

Elle a la pêche

VICTOR
rit aux éclats

Ahahah ! Ohohoh ! Ihihih ! Celle-ci elle est bonne
« Elle a la pêche »

BRISÉIS

On se fend la pêche

VICTOR

Ahahah ! Ohohoh ! Ihihih ! Celle-ci aussi elle est drôle

CLÉMENCE

Apolline vous êtes pleine d’esprit

JAMAL

Ils sont plusieurs dans sa tête et ce n’est pas le chef qui commande
Sans vouloir diagnostiquer

POMPON

Je vous entends

CLÉMENCE

Alors tous en place et vive la comédie !

VICTOR
soliloque

Je veux savoir à quelle allure on manœuvre
Feignons d’y tomber dans ce piège tendu

ACTE III

lundi 14 juin 1982 à l’aube
Chapelle Notre-Dame-du-Liban

SCÈNE 1

POMPON
l’artiste
JAMAL
le docteur
BRISÉIS
la princesse
VICTOR
le marin
BRISÉIS
la fée
VICTOR
le clochard
CLÉMENCE
la maitresse

Un banc, une chapelle – le toboggan sous un drap, des valises

Les Cloches de Montmartre

Auteur, compositeur : Jean-Vincent Bourgoing
Paroles

Les Cloches de Montmartre

Chabadabadabada Chabadabadabada
Chabadabadabada Un jour on se retrouvera

Chabadabadabada Chabadabadabada
Et l’amour nous embrassera

POMPON
traverse la scène tenant à bout de bras un phylactère

Lundi 14 juin 1982 à l’aube
Chapelle Notre-Dame-du-Liban

BRISÉIS
debout sur le toboggan en statue de Notre-Dame, ronfle doucement

Fff…

VICTOR
portant un cache-œil, allongé sur le banc, ronfle bruyamment

Rrr…

BRISÉIS
à genoux, tape dans ses mains et chante la chanson « Adieu »

POMPON, JAMAL, VICTOR, BRISÉIS, VICTOR, CLÉMENCE
dansent et reprennent en chœur

Adieu

Auteur, compositeur : Jean-Vincent Bourgoing
Paroles

Adieu

Je ne vois ni ne pense ni ne parle à personne
Dans mon cœur tout bonheur est éteint
Ni le chant de ta voix ni ton pas n’y résonne
Nul baiser ne m’éveille au matin

Pourtant mon cœur est doux, Pourtant mon cœur est tendre
Si doux qu’il veut comprendre

Je ne vois ni ne pense ni ne parle à personne
Dans mon cœur sans espoir tout est vain
L’illusion d’un amour où mes jours s’abandonnent
N’a laissé qu’un désert dans mes mains

Pourtant mon cœur est doux, Pourtant mon cœur est tendre
Si doux qu’il veut attendre

Je ne vois ni ne pense ni ne parle à personne
Dans mon cœur tout n’est plus que chagrin
J’ai puni par orgueil des erreurs qu’on pardonne
Nos adieux seront sans lendemain

Pourtant mon cœur est doux, Pourtant mon cœur est tendre
Si doux qu’il peut apprendre

Pour moi plus rien n’existe, Et si mon cœur est triste
C’est de se dire adieu

POMPON, JAMAL, CLÉMENCE
sortent

SCÈNE 2



BRISÉIS
la princesse
VICTOR
le marin
BRISÉIS
la fée
VICTOR
le clochard

Un banc, une chapelle – le toboggan sous un drap, des valises

BRISÉIS
debout sur le toboggan en statue de Notre-Dame, ronfle doucement

Fff…

VICTOR
allongé sur le banc, ronfle bruyamment

Rrr…

BRISÉIS
à genoux, prie accoudée sur son baluchon

Pour l’amour de Dieu, envoyez-moi un signe

VICTOR
entre

Pompon !… Pompon !

BRISÉIS

Chut ! Un peu de respect, merci
Ma maison est un lieu de recueillement

VICTOR

Rrr… Mécréant…

BRISÉIS
descend donner un coup de pied au clochard

Debout « Lève-toi et marche », il y a du monde

VICTOR

Suis innocent monsieur le juge

BRISÉIS
remonte

Au travail fainéant !

VICTOR
mendie à la sortie de la Chapelle

Faites l’aumône à un pauvre aveugle, mon Capitaine

VICTOR

Pas capitaine, je suis aux cuisines sur la frégate Montcalm
J’arrive de Toulon et je n’ai pas encore touché ma solde

VICTOR

Alors je vais attendre le début des soldes, soldat

BRISÉIS

« Bienheureux les pauvres, riches aux Cieux »

VICTOR

« Bienheureux l’aveugle, il voit en Dieu »

VICTOR

Mademoiselle
Vous n’auriez pas vu Pompon, une femme plutôt charpentée, 28 ans, avec… un docteur…

BRISÉIS
se redresse

L’armée française ! Merci Notre Dame

BRISÉIS

Satisfait ou remboursé

VICTOR

L’embarquement devrait bientôt commencer
Alors, je viens les chercher

BRISÉIS
joue avec le bachi

Vous êtes Capitaine

VICTOR

Je suis aux cuisines et j’aime particulièrement la pâtisserie
Je vous ferai goûter ma galette à l’occasion

BRISÉIS

Pompon et le docteur Jamal se recueillent dans la Chapelle

VICTOR

Vous les connaissez ?!

BRISÉIS

Ma mère est la sœur aînée de Jamal

VICTOR

Vous connaissez Jamal ?!

BRISÉIS

Je suis sa nièce

VICTOR

Briséis ?

BRISÉIS

Oui ! Tu es de la famille ?

VICTOR

Pompon est ma grande sœur… adoptive
Elle m’a trouvé sur le Parvis du Sacré-Cœur de…

BRISÉIS
l’interrompt

Totor ! Pompon m’a parlé de toi

VICTOR

Oui, alors, mon nom c’est…

BRISÉIS

Totor ! C’est le diminutif pour Hector ?

VICTOR

Alors presque, mon nom c’est…

BRISÉIS
joue avec sa couronne

Hector comme le héros troyen
Briséis, c’est la princesse troyenne captive d’Achille

VICTOR

Oui mais, mon nom c’est…

BRISÉIS

Nous sommes faits l’un pour l’autre
N’est-ce pas… Totor !

VICTOR

Je me sens en confiance avec toi
D’habitude je suis plutôt méfiant parce que j’ai été abandonné à la naissance et…

BRISÉIS
tend la main

Viens, je t’emmène voir la nouvelle Basilique, c’est tout près d’ici

VICTOR
prend sa main

Faisons vite alors

BRISÉIS
entraîne Victor

Je laisse mon baluchon

VICTOR

Y a pas plus de voleur ici-bas que de mendiant là-haut

BRISÉIS

« Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés »

SCÈNE 3





BRISÉIS
la fée
VICTOR
le clochard

Un banc, une chapelle – le toboggan sous un drap, des valises

VICTOR
fouille le baluchon

Ça lave son linge sale en famille

BRISÉIS
boit avec Victor

Elle est bien abîmée la petite

VICTOR
renifle ses vêtements

Ça sent le cyclamen bouffé par les cochons

BRISÉIS
respire le vêtement que lui tend Victor

À nous deux, l’humanité révèle…

VICTOR

Sa véritable dimension

BRISÉIS

Comme elle s’agenouille devant moi, je vois son âme du dessus
Et elle, les yeux tournés vers le ciel, réjouie par la grâce et l’infini de l’univers voit le divin

VICTOR

Comme je m’agenouille devant elle, je vois son âme du dessous
Et elle, les yeux tournés vers la terre, effrayée par la misère et la glaise fétide voit la Bête

BRISÉIS

Elle espère être rapatriée avec les français

VICTOR
mime Briséis avec ses vêtements

Beau Capitaine, je t’aime, marions-nous

BRISÉIS

Briséis vient de Kormakitis un village maronite, une enclave de la République de Chypre dans la partie turque

VICTOR

J’ai peur ici c’est la guerre

BRISÉIS

Toutes les deux semaines des troupes de l’ONU font le voyage de Nicosie pour livrer de la nourriture, de l’eau, du carburant et des fournitures médicales à travers la frontière à la population maronite du nord

VICTOR

Je ne peux plus retourner chez moi

BRISÉIS

Le père de Briséis dit « l’ogre de Kormakitis » est un infâme mafieux qui profite de cette situation singulière

VICTOR

J’ai bientôt 16 ans et pourtant, je n’ai plus la force

BRISÉIS

Le père de Briséis organise le marché noir avec les turcs et la prostitution pour les soldats de l’ONU

VICTOR

J’attends un enfant, par pitié

BRISÉIS

Il y a deux ans, elle venait déjà pour avorter, à 13 ans et maintenant pareil

VICTOR
s’adresse à son ventre

Le pire, je ne sais pas même qui est ton père

BRISÉIS

Jamal a accepté de pratiquer l’avortement mais le bombardement de sa clinique l’en a empêché

VICTOR

Mon bébé tu vas vivre et tu seras quelqu’un

BRISÉIS

Alors, Jamal et Pompon qui ne peuvent pas avoir d’enfant ont proposé à Briséis de garder son bébé

VICTOR

Tu auras une vie meilleure avec eux

BRISÉIS

Briséis leur donnera l’enfant à la naissance

VICTOR

Et puis tu restes dans la famille

BRISÉIS

Ils ont versé une grosse somme d’argent à la mère de Briséis, en échange

VICTOR

J’ai vendu ma chair et mon sang

BRISÉIS
descend du toboggan

J’ai besoin…

VICTOR

Besoin ?

BRISÉIS

De me dégourdir les ailes, tu me remplaces

VICTOR
monte sur le toboggan

Et si on vient ?

BRISÉIS
derrière le toboggan

Tu prends l’air inspiré et tu dis un truc en latin

VICTOR

Y serais plus crédible avec la baguette

BRISÉIS

Fff… Allons, une seule bonne œuvre efface toutes les mauvaises actions

VICTOR

Gentil n’a qu’un œil, méchant a plein de dents

SCÈNE 4

POMPON
l’artiste
JAMAL
le docteur


BRISÉIS
la fée
VICTOR
le clochard

Un banc, une chapelle – le toboggan sous un drap, des valises

POMPON
entre par la Chapelle et regarde la statue

Elle est belle la Sainte Vierge

JAMAL
entre par la Chapelle

Elle penche… non ?!

VICTOR
debout sur le toboggan en statue de Notre-Dame

Cogito, ergo sum

BRISÉIS
reprend sa place sur le toboggan

Errare humanum est

JAMAL

Ils ont sacrifié une hécatombe de cierges là-dedans

POMPON

En priant pour que nos prières soient exaucées

JAMAL

On peut y retourner si…

VICTOR
mendie à la sortie de la Chapelle

Faites l’aumône, vos seigneuries

BRISÉIS

Découvrez notre sélection : Statues, icônes, médailles, crucifix, chapelets, eau bénite, et nos ex-voto fraîchement consacrés par le patriarche maronite

POMPON
cherche une pièce

Ce n’est pas pour l’alcool j’espère ?!

VICTOR
cache sa bouteille dans son dos

Pour acheter une Bible, Miss Bigoudis

POMPON
donne une petite pièce

Et quoi ? Je suis décoiffée

VICTOR
prend la pièce

25 piastres ! Radine

JAMAL

Sa femme est économe

BRISÉIS
tombe de sommeil et se redresse

Profitez de notre promotion sur les livres sacrés : Torah, Bible, Coran, 2 achetés, 1 offert

VICTOR
tend la main vers Jamal

Et le martien ?!

JAMAL
prend le bras de Pompon

Ils sont ensemble

VICTOR

Espèce de pince

JAMAL
montre ses forceps

Ce sont des forceps, Neogennitos extractum
Ignare

VICTOR

À gros forceps, petits biceps
Minus

BRISÉIS

La sacristie reste ouverte pour toute demande : baptême, communion, mariage, extrême onction, enterrement, messe de requiem, bénédiction, exorcisme

POMPON
à Jamal

Nous sommes bien mariés ?!

JAMAL

Depuis vendredi
Mariage civil prononcé à l’Ambassade de France, en plein bombardement

VICTOR

Sous les obus, la plage

JAMAL

Le voilà bel et bien labellisé français

POMPON

Mon rêve c’était un mariage religieux
Vous en costume et moi dans une belle robe blanche

VICTOR

Le smoking et le brushing

POMPON

Mais il en veut à mes cheveux ?

BRISÉIS

Alors approchez mes enfants

VICTOR

La perruche et la perruque

POMPON

Quelle perruque ?! Ce sont mes vrais cheveux

BRISÉIS
jette un sort

Je vous fais… mari et femme
Embrassez-vous

JAMAL
embrasse Pompon

Ma petite datte fourrée

POMPON

Mais ça va, devant la Sainte Vierge !

JAMAL

Il est confus, un moment d’égarement
L’amour !

POMPON

L’amour ?!
Avec le docteur « J’ai mal » c’est plutôt « pain au chocolat » que « datte fourrée »

JAMAL

Jamal, mon maamoul, c’est libanais

VICTOR
se recouche

Tenez-vous mal, Dieu vous le rendra

SCÈNE 5

POMPON
l’artiste
JAMAL
le docteur

VICTOR
le marin
BRISÉIS
la fée
VICTOR
le clochard
CLÉMENCE
la maitresse

Un banc, une chapelle – le toboggan sous un drap, des valises

BRISÉIS
en transe, les bras au ciel

Hallelujah !

JAMAL, VICTOR, CLÉMENCE
surpris

Wouah ! Wouah ! Wouah !

POMPON
décalée

Wouah !

VICTOR
incrédule

Un cocktail

BRISÉIS

Hallelujah !

JAMAL
exalté, les bras au ciel

Hallelujah !

VICTOR, CLÉMENCE

Wouah ! Wouah !

POMPON

Wouah !

VICTOR

Compostelle

BRISÉIS

Hallelujah !

VICTOR
exalté, les bras au ciel

Hallelujah !

JAMAL

Hallelujah !

CLÉMENCE

Wouah !

POMPON

Wouah !

VICTOR

Une grosse pelle

BRISÉIS

Hallelujah !

CLÉMENCE
exaltée, les bras au ciel

Hallelujah !

JAMAL, VICTOR

Hallelujah !

POMPON

Hallelujah !

VICTOR

Un gospel !

Pardon

Auteur, compositeur : Jean-Vincent Bourgoing
Paroles

Pardon

On peut tout regretter Plaider l’indulgence
Un esprit tourmenté Jurer son innocence
Mais si l’oubli n’efface Ni vengeance ni grâce
Ni martyr à fêter On peut tout regretter

Pardonne Pardonne
Pardonne Pardonne
Aux hommes
Leur bonne

Volonté

On peut tout supporter Endurer la mort
Face à la nécessité Admettre son sort
À coup sûr immanquable C’était inévitable
C’est la fatalité On peut tout supporter

Pardonne Pardonne
Pardonne Pardonne
Aux hommes
Leur bonne

Volonté

Pardonne Pardonne
Pardonne Pardonne
Aux hommes
Leur bonne

Volonté

BRISÉIS
fait une sortie triomphale

Fff…

VICTOR

Et voilà comment on gagne sa place au Paradis !

SCÈNE 6

POMPON
l’artiste
JAMAL
le docteur

VICTOR
le marin

VICTOR
le clochard
CLÉMENCE
la maitresse

Un banc, une chapelle – le toboggan sous un drap, des valises

VICTOR
entre et tombe dans les bras de Pompon

Pompon !

POMPON
dans les bras de Victor

Petit frère !

JAMAL

Et Briséis ?

VICTOR

Elle arrive doucement
Nous avons rencontré Clémence en chemin

CLÉMENCE
serre la main de Jamal

Madame de Chœur

JAMAL

Son roi de trèfle

CLÉMENCE

Ministère des Affaires étrangères
Clémence de Chœur, c’est mon nom

JAMAL

Docteur Jamal et son épouse Pompon
Le corps diplomatique ça change la donne

CLÉMENCE

Alors je vous coupe, les blagues sur mon nom m’agacent

JAMAL

Il s’excuse !

POMPON

Qui s’y frotte s’y pique

JAMAL

Il va se tenir à carreau

VICTOR
mendie à la sortie de la Chapelle

Faites l’aumône, votre Excellence

CLÉMENCE

Peut-on encore visiter une église sans subir un mendiant

VICTOR

À chaque clocher son clochard

CLÉMENCE
cherche une pièce

Ce n’est pas pour l’alcool j’espère ?!

VICTOR
cache sa bouteille dans son dos

Pour acheter un Code pénal, votre Honneur

CLÉMENCE
fait rouler une grosse pièce au sol

Bien ! Il y a un article particulièrement intéressant concernant les mères porteuses et le trafic d’être humain
Briséis m’a raconté l’avortement avorté et l’arrangement autour du bébé

VICTOR
prend la pièce

La roue tourne
10 livres ! Ça s’arrose

CLÉMENCE
examine le drap

Et bravo pour le drap de la mémé
Bien blanc, pas de petites fleurs colorées…
Tout propre, juste il sent la lavande

POMPON
soliloque

Madame n’aime pas le parfum lavande ?

CLÉMENCE
examine Victor

Et le pendentif ?

VICTOR

J’ai préféré ne pas le porter
Il pèse plus lourd que l’écriteau au cou du condamné le bazar

CLÉMENCE
se tourne vers Pompon

Lourd ?

POMPON

J’ai dû le renforcer pour qu’il approche le kilogramme

CLÉMENCE

Un calligramme Pompon
Le porte-bonheur est censé être un calligramme du poème « Les cloches » en forme de clochette gravée par Guillaume Apollinaire en 1913 et dédicacée à Victor dit « Totor » le fils de Frédé, tué d’une balle dans la tête derrière le bar du Lapin Agile en 1911

POMPON

C’est qu’il y a du texte tout de même

CLÉMENCE

Où ?

POMPON

Sur le calligramme

CLÉMENCE

Où ?

POMPON

Sur le carton en forme de cloche

CLÉMENCE

Où ?

POMPON

Derrière les valises…

CLÉMENCE

Les valises…

POMPON

J’y ai peint dessus ce qu’il y a dedans

CLÉMENCE
examine les valises

Lumineuse idée…
Des chaussures… des chaussures… uniquement des chaussures ?

JAMAL

Pompon chausse grand

POMPON

Le reste de la garde-robe est déjà à l’embarcadère

CLÉMENCE
trouve le pendentif et le passe à Victor

Ah oui ! Même de loin, on arrive à lire

VICTOR
enfile le pendentif et penche en avant

Ça écrase la glotte

POMPON
pleure à chaudes larmes

Ça me rappelle tellement quand je t’ai trouvé abandonné sur le Parvis du Sacré-Cœur
On venait de me diagnostiquer le syndrome de Turner

JAMAL

Pompon ne peut pas avoir d’enfant

POMPON

À la sortie de la messe de l’Ascension, je trouve un nouveau-né vêtu d’une marinière sous le porche du Parvis

VICTOR

Tu me prends dans les bras et tu me passes ton porte-bonheur autour du cou

POMPON

Mes parents t’adoptent, on passe quelques jours au Château des Brouillards
Et je pars au Liban suivre un traitement

JAMAL

Nous serons scolarisés ensemble au Grand Lycée franco-libanais de Beyrouth
Et puis frotti frotta

VICTOR
s’éloigne

L’amour est aveugle

Aveugle

Auteur, compositeur : Jean-Vincent Bourgoing
Paroles

Aveugle

Je ne voyais plus en moi j’étais aveugle Je répétais mot pour mot
Je répondais oui d’une voix agréable Je me sentais de trop
Je me sentais de trop

J’écoutais ceci j’écoutais cela J’entendais partout le même charabia
J’écoutais ceci j’écoutais cela Partout le même blablabla
Partout le même blablabla Partout le même blablabla

Aveugle Je suis aveugle
Aveugle Je suis aveugle

Je ne voyais plus en moi j’étais aveugle Je vivais tel un robot
J’avais perdu mon regard dans un miroir Pour être plus beau
Pour être plus beau

J’avançais par-ci j’avançais par-là J’allais pas à pas vers l’au-delà
J’avançais par-ci j’avançais par-là Tout droit dans le mur tout droit
Tout droit dans le mur tout droit Tout droit dans le mur tout droit

Aveugle Je suis aveugle
Aveugle Je suis aveugle

J’avançais par-ci j’avançais par-là J’allais pas à pas vers l’au-delà
J’écoutais ceci j’écoutais cela Partout le même blablabla
Partout le même blablabla Partout le même blablabla

Aveugle Je suis aveugle
Aveugle Je suis aveugle

Je ne voyais plus en moi j’étais aveugle

SCÈNE 7

POMPON
l’artiste
JAMAL
le docteur
BRISÉIS
la princesse
VICTOR
le marin


CLÉMENCE
la maitresse

Un banc, une chapelle – le toboggan sous un drap, des valises

BRISÉIS
arrive péniblement

Le jour se lève !

CLÉMENCE

Que voyez-vous en-bas ?

POMPON

La mer

JAMAL

La baie de Jounieh

BRISÉIS

Un paquebot et beaucoup de monde sur le port

CLÉMENCE

Le paquebot Azur chargé de rapatrier les ressortissants français vers Toulon

POMPON

Des valises

JAMAL

Il voit un navire de la marine française

VICTOR

La frégate Montcalm
Je suis aux cuisines, je vous ferai une galette à l’occasion

POMPON

Vous nous accompagnez à Toulon ?

CLÉMENCE

Je supervise l’embarquement et je retourne à Chypre ouvrir le bureau des rapatriés étrangers du Liban
Voilà comment cela va se passer

SCÈNE 8

POMPON
l’artiste
JAMAL
le docteur
BRISÉIS
la princesse
VICTOR
le marin


CLÉMENCE
la maitresse

Un banc, une chapelle – le toboggan sous un drap, des valises

CLÉMENCE
enlève le drap et déplace le banc

En rang derrière le banc
Vous présentez votre passeport

JAMAL
lui tend son passeport

Jamal Gemayel
Venu au monde le lundi 12 octobre 1953 à Beyrouth – Liban
Gynécologue obstétricien…

CLÉMENCE

File de gauche

JAMAL
lui tend un certificat

Certificat de mariage
Il est français

CLÉMENCE
lui rend ses papiers

Vous embarquez
Une valise par personne

JAMAL
monte sur le toboggan

Sa mallette lui suffit

POMPON
lui tend son passeport

Apolline Gacogne, sa femme, artiste
Née le 1er février 1954 à Montmartre…
Le plus joli quartier de Paris, la capitale de la France

CLÉMENCE
lui rend ses papiers

Vous embarquez
Une valise par personne

POMPON
à Jamal

Je ne pars pas sans mes chaussures
Il me veut à Montmartre comme une va-nu-pieds

JAMAL

Néni, mais qu’elle choisisse une valise alors
Ils achèteront le reste à Paris

POMPON
choisit parmi les valises

J’hésite entre carmin et vermillon… ou coquelicot

JAMAL

Il conseille les rouges

POMPON
monte sur le toboggan en sanglot

Mes chaussures

CLÉMENCE

Suivant

BRISÉIS
lui tend son passeport

Briséis Omorfiou
Je suis née le 8 septembre 1966 à Kormakitis – République de Chypre

CLÉMENCE
lui rend son passeport

File de gauche

BRISÉIS

Nous étions sur le point de nous marier avec… Totor
Je vais bientôt être française

CLÉMENCE

File de gauche… Suivant

BRISÉIS
s’accroche à la corde tendue entre les mains de Victor et s’agenouille

Par pitié gentil marin, j’attends un enfant
Je lui donnerai ton nom
Comment t’appelles-tu déjà ?

VICTOR

V v v… Victor… Rrr

JAMAL

Scrabble 12 lettres V V V V I C T O R R R R

VICTOR

Seuls les ressortissants français sont admis à bord du paquebot Azur
Pour les autres, c’est l’autre file

POMPON

On se retrouve à Montmartre au Château des Brouillards
Vous et le bébé

BRISÉIS

Ne m’abandonnez pas en pleine guerre

JAMAL

Madame de Chœur vous aidera

POMPON

Elle a bon cœur

JAMAL

Le cœur sur la main

CLÉMENCE
à Briséis

Il faudrait que tu sois souffrante

BRISÉIS

Je peux faire semblant

CLÉMENCE

Pas besoin

BRISÉIS

Pour qui sont ces ciseaux ?

CLÉMENCE
plante les ciseaux dans le genou bandé de Briséis

Effet de surprise !
Une vipère t’aura mordue en chemin, excitée par les explosions
Je te transporte en urgence au Centre antipoison de Larnaca

BRISÉIS
se tient le genoux

Barbare, sadique, perverse

POMPON
pleure à chaudes larmes

Je ne veux pas partir, quitter le Liban, Beyrouth

JAMAL
la console

Montmartre, le Château des Brouillards, le Lapin Agile, la Basilique du Sacré-Cœur…

POMPON

C’est facile pour vous

JAMAL

Facile ?!…
Il laisse son pays, sa patrie, sa ville, sa clinique, sa maison, ses amis, sa famille

POMPON

Moi je perds tout

VICTOR

Je profiterai de ma permission pour passer Noël avec vous
Bon voyage

POMPON

Bonne mer

VICTOR

Au revoir Briséis
Le Montcalm reste sur zone le temps de la mission Olifant
Nous ferons régulièrement escale à Larnaca

CLÉMENCE

Passe me voir au bureau des rapatriés étrangers du Liban
Je te donnerai de ses nouvelles et nous ferons plus ample connaissance, beau marin

VICTOR

On embarque

CLÉMENCE
embrasse Victor

À bientôt

VICTOR

Mon premier

CLÉMENCE
embrasse Victor

Voilà le deuxième

VICTOR

Elle met la langue !

Porte-bonheur

Auteur, compositeur : Jean-Vincent Bourgoing
Paroles

Porte-bonheur

Il est des jours rien ne va Tout l’amour qu’on a en soit
N’est à personne à personne

Il est des nuits on veut comprendre Alors on ferme les yeux
Pour seulement voir le ciel bleu

Sous le ciel mon cœur se brise Sous le ciel mon cœur brise
Avec ton cœur L’éclat du soleil

Un dernier baiser tendre et l’on se donne La promesse d’attendre
Se disant « un jour viendra »

Tourne tourne tourne
Tourne
Tourne tourne tourne
Tourne

Les années passent monotones Et l’espoir de se revoir
S’épuise dans un trop long sommeil

Puis un beau matin d’automne on s’éveille Comme un parfum de bonheur
Frissonne à la bonheur

Sous le ciel mon cœur se brise Sous le ciel mon cœur brise
Avec ton cœur L’éclat du soleil

Alors toutes ces choses promises Ces merveilles qu’on voulait voir
Enfin pour nous se réalisent

Autour de mon cœur, Tourne, Ton porte-bonheur
Autour de ton cœur, Tourne, Mon porte-bonheur

Tourne tourne tourne
Tourne
Tourne tourne tourne
Tourne

Il est des jours rien ne va Tout l’amour qu’on a en soit
N’est à personne qu’à toi

ACTE IV

samedi 25 décembre 1982 à 21:00
Prieuré du Sacré-Cœur de Montmartre

SCÈNE 1



BRISÉIS
la princesse

BRISÉIS
la fée
VICTOR
le clochard

Un banc, une crèche – un toboggan sous des guirlandes

Les Cloches de Montmartre

Auteur, compositeur : Jean-Vincent Bourgoing
Paroles

Les Cloches de Montmartre

Chabadabadabada Chabadabadabada
Chabadabadabada Un jour on se retrouvera

Chabadabadabada Chabadabadabada
Et l’amour nous embrassera

VICTOR
traverse la scène tenant à bout de bras un phylactère à la manière de Pompon

Samedi 25 décembre 1982, la nuit de Noël
Prieuré du Sacré-Cœur de Montmartre

BRISÉIS
cherche dans le prieuré

Petit Jésus… Petit Jésus…
C’est l’heure de la crèche

VICTOR
en coulisse

Mère supérieure !…

BRISÉIS

Entre bedeau !… La porte du Seigneur est toujours ouverte
Chaque Noël c’est pareil
Marie, Joseph, l’âne, le bœuf et les rois mages attendent dans l’étable et une heure avant impossible de mettre la main dessus

VICTOR
entre avec un bonnet de père Noël soutenant Briséis

Elle est hot sa hotte
Trouve ça dans le square

BRISÉIS
épuisée par les contractions

J’ai perdu les eaux

BRISÉIS

Moi j’ai perdu le Petit Jésus
Allonge-la là

VICTOR
montre le banc

Là… là ?

BRISÉIS
montre le banc

Là… là !

VICTOR
lâche lourdement Briséis sur le banc

Aussi perdu les eaux
Gagne du vin ?!

BRISÉIS

Un bedeau doit rester sobre pour bien sonner les cloches

VICTOR

Y sonne les cloches ?

BRISÉIS

Jamal…

VICTOR

Elle souffre

BRISÉIS

Docteur… des Brouillards…

BRISÉIS

Un docteur débrouillard ?…

VICTOR

Mère supérieure, jure pas fait boire

BRISÉIS

Va chercher le docteur Jamal au Château des Brouillards, il est gynécologue-obstétricien

VICTOR

Manque de carburant le bedeau

BRISÉIS

Il y a du vin de messe derrière la crèche
Fais… vite

VICTOR
feint de sortir

Buvez-en tous, car ceci est mon sang

BRISÉIS

Il n’est pas mauvais bougre, ce bedeau
Il est plus méchant avec lui qu’avec les autres

BRISÉIS

Ma mère… vous devez savoir
J’ai promis ce bébé à mon oncle Jamal et à sa femme Pompon

BRISÉIS
à Briséis en surveillant Victor

Attend

VICTOR
cherche

Les clés du traîneau

BRISÉIS
à Briséis

Et c’est lui le père ?!

BRISÉIS

Non

BRISÉIS

Pas de tabou
Tu peux tout me dire

BRISÉIS

Je viens de Kormakitis un village maronite, une enclave de la République de Chypre dans la partie turque

BRISÉIS

Une seconde

VICTOR

Sûrement sur le contact

BRISÉIS

Et tu veux te convertir à l’Islam ?!

BRISÉIS

Non

BRISÉIS

Pas d’anathème
Je peux tout entendre

BRISÉIS

Mon père dit « l’ogre de Kormakitis » est un infâme mafieux qui profite de la situation singulière du village

BRISÉIS
à Victor

Alors

VICTOR
feint de sortir

Mémorise le trajet pour les pièges

BRISÉIS
à Briséis

Et il mange la chair fraîche des petits enfants ?!

BRISÉIS

Non

BRISÉIS

Pas d’interdit
Il en faut plus pour me choquer

BRISÉIS

Il organise le marché noir avec les turcs et la prostitution pour les soldats de l’ONU

BRISÉIS

Donc

VICTOR

Est parti

BRISÉIS

Et tu veux ta part du gâteau ?!

BRISÉIS

Non

BRISÉIS

Pas d’opprobre
J’en ai vu d’autres

BRISÉIS

Malgré la menace de le dénoncer aux autorités, il continue de nous maltraiter et après de nouvelles violences sur ma mère et moi, il est arrêté mais il s’évade et disparaît

BRISÉIS

Bref

VICTOR

Comme-ci déjà revenu

BRISÉIS

Et tu souhaites sa mort ?!

BRISÉIS

Oui

BRISÉIS

Pas de souci
Plus rien ne m’étonne…
Oui ?!

BRISÉIS

Je pourrais l’étrangler de mes propres mains

BRISÉIS
à Victor

Attention à ne pas confondre vitesse et précipitation

VICTOR
sort

Et lâcher la proie pour l’ombre

SCÈNE 2



BRISÉIS
la princesse

BRISÉIS
la fée


Un banc, une crèche – un toboggan sous des guirlandes

BRISÉIS

Fais… la paix avec toi-même ma fille

BRISÉIS

Je voudrais être comme vous
Retirée du monde pour ne plus en souffrir

BRISÉIS

Commençons par mettre au monde cet enfant
« Soyez féconds, multipliez, et remplissez la terre »

BRISÉIS
s’adresse à son ventre

Mon bébé tu vas vivre et tu seras quelqu’un

BRISÉIS

Pompon et Jamal seront de bons parents

BRISÉIS

Tu auras une vie meilleure avec eux

BRISÉIS

Ils sont riches, bien établis et fervents chrétiens

BRISÉIS

Et puis tu restes dans la famille

BRISÉIS

Malgré le comportement dévoyé que m’a révélé le prêtre qui les confesse

BRISÉIS

Il n’est pas tenu au secret de la confession ?

BRISÉIS

Un secret c’est ce que l’on confie à quelqu’un pour qu’il le dise à tout le monde à notre place

BRISÉIS

Je suis épuisée

BRISÉIS

Tu n’imagines pas le nombre de bébés que l’on nous abandonne ici
Avec des petits mots glissés dans les langes plus émouvants les uns que les autres

BRISÉIS

Je n’ai plus la force

BRISÉIS
cherche dans une liasse de papiers

De toutes les couches de la société

BRISÉIS

Je n’ai plus d’espoir

BRISÉIS

Je me souviens d’un bébé, en mai 1966, le jeudi de l’Ascension, déposé avec un petit mot glissé dans sa marinière

BRISÉIS

Je n’ai plus d’argent

BRISÉIS

Celui-ci :
« Je gagne au jour la journée mon pain avec assez de peine, comment nourrirais-je une famille »
Non

BRISÉIS

Vous n’imaginez pas ce que j’ai vécu en si peu d’années

BRISÉIS

Celui-là :
« Il vaut mieux qu’ils soient orphelins que d’avoir pour père un fripon »
Non plus

BRISÉIS

J’ai 16 ans et je n’ai plus d’avenir

BRISÉIS

Voici !
Je suis né ce matin d’un amour illégitime et ce n’est qu’avec la plus humiliante affliction et la douleur la plus sensible que mon père et ma mère souffrant de l’extrême misère d’être hors d’état de me reconnaître, m’abandonnent en attendant que le ciel les favorise à me savoir heureux
Je souhaite, déposé à la fin de la messe de l’Ascension sous le porche du Parvis de la Basilique du Sacré-Cœur être recueilli par une famille croyante et pratiquante pour me faire recevoir le baptême et me rendre les services que ma tendre jeunesse les incline à me donner

BRISÉIS

Je ne peux plus retourner chez moi

BRISÉIS
range les papiers sauf celui-là

Tu peux rester ici le temps qu’il te plaira

SCÈNE 3


JAMAL
le docteur
BRISÉIS
la princesse

BRISÉIS
la fée
VICTOR
le clochard

Un banc, une crèche – un toboggan sous des guirlandes

VICTOR
entre avec Jamal

Trouve le paquet square Roland Dorgelès

JAMAL

Quel dommage
Quelques mètres de plus et elle bénéficiait de toute la modernité de sa clinique et des techniques d’accouchement personnalisées
« La sauvage » sous un grand chêne
« L’aquatique » dans une piscine

BRISÉIS

Docteur Jamal

JAMAL

Mère supérieure

BRISÉIS

J’espère que tu es mieux réveillé que la dernière fois

BRISÉIS

C’est à dire ?!

BRISÉIS

Persuadé qu’il y avait des triplés après l’expulsion du bébé, il a retiré l’estomac et le foi de la patiente

JAMAL
tend une feuille à Victor

Au travail
Il lui procure ça, fissa
C’est un minimum

VICTOR

Un petit cahier à spirale
Des copies doubles perforées format A4
Un crayon à papier HB, une gomme, une paire de ciseaux…

JAMAL

Mistake
La liste des fournitures scolaires de sa première rentrée
Verso ?!

VICTOR
retourne la feuille

Vérifier le circuit hydraulique
Vidanger l’huile de la boîte de vitesses
Changer les moteurs des lève-vitres et des sièges…

JAMAL
prend le papier laissé par Briséis pour écrire au dos

Il va l’écrire
Drap, linges et six bassines d’eau…
Chaude, très chaude, froide, très froide, tiède, très tiède

VICTOR
retourne le papier et le lit discrètement

Recto-verso, recta fissa

JAMAL

Comment se sent notre parturiente ?

BRISÉIS

La première phase de dilatation a commencé

BRISÉIS

Les contractions me font souffrir

JAMAL
prend la position et force le clochard à faire de même

Elle fait le chien

BRISÉIS

C’est la position qui convient le mieux ?

BRISÉIS

Sois à l’écoute de ton corps en te laissant guider par ton intuition

JAMAL

Décubitus dorsal

VICTOR

Allongée sur le dos le bedeau

JAMAL

Décubitus latéral

VICTOR

En chien de fusil

JAMAL

Positions verticalisées

VICTOR

Debout ou à quatre pattes

JAMAL

Mobilité

VICTOR

Liberté totale de position

BRISÉIS

L’enfant montre sa tête

JAMAL
allume sa frontale pour ausculter Briséis, s’évanouit et se redresse

Chaque fois et pourtant il a l’habitude

BRISÉIS

Le menton du fœtus touche son thorax
Présentation céphalique bien fléchie

JAMAL

Présentation du sommet, la plus favorable

BRISÉIS
à Jamal

Prends sa tête avec les forceps

JAMAL
prend la tête de Briséis

Il prend la tête

BRISÉIS

Du bébé… avec une extrême délicatesse

JAMAL
prend la tête du doudou

On l’appelle « doigts de fée »
Sans vouloir usurper

BRISÉIS

À trois, Briséis tu pousses et Jamal tu tires

JAMAL

Compris…

BRISÉIS

Un

BRISÉIS

Ouille

JAMAL

Donc pas d’effet de surprise

BRISÉIS

Non
À trois, Briséis tu pousses et Jamal tu tires

JAMAL

Simple…

BRISÉIS

Un

BRISÉIS

Ouille

BRISÉIS

Deux

BRISÉIS

Aïe

JAMAL

Synchrone ?!
Il attend que Briséis pousse pour tirer ?!

BRISÉIS

Oui
À trois, Briséis tu pousses et Jamal tu tires

JAMAL

Facile…

BRISÉIS

Un

BRISÉIS

Ouille

BRISÉIS

Deux

BRISÉIS

Aïe

JAMAL
tire la tête et expulse le doudou relié par une guirlande

Trois

BRISÉIS

Aïe

VICTOR
reçoit le doudou

Effet de surprise

BRISÉIS

Rend son bébé à Briséis

VICTOR
coupe la guirlande avec les dents

Au bedeau

BRISÉIS

Mon enfant

VICTOR
pose le doudou dans la crèche

Il est né le divin enfant

BRISÉIS
prend le doudou et le met sur ventre de Briséis

On le remettra tout à l’heure dans la crèche

VICTOR

Y sonne les cloches ?

BRISÉIS

Mon petit

JAMAL

Alors pas tout à fait
Ils ont un deal

BRISÉIS

Briséis, rien ne t’oblige

JAMAL

Pompon arrive pour récupérer l’enfant

BRISÉIS

Mon tout petit

BRISÉIS

Sois libre de décider

JAMAL

Un marché est un marché

BRISÉIS

Mon tout petit petit

BRISÉIS

Faire passer Pompon pour la mère…
Les gens vont s’étonner

JAMAL

Il a tout prévu
Pompon porte un coussin pour faire croire qu’elle est grosse

BRISÉIS

Mon bébé

BRISÉIS

Justement, la voilà

SCÈNE 4

POMPON
l’artiste
JAMAL
le docteur
BRISÉIS
la princesse

BRISÉIS
la fée
VICTOR
le clochard

Un banc, une crèche – un toboggan sous des guirlandes

POMPON
entre tenant un coussin devant elle

Le coussin devant, bien en évidence comme conseillé

JAMAL

Fasse qu’elle n’ait croisé personne

POMPON

Personne
Sauf, la voisine d’en face
Elle me demande ce que je fais
Motus et bouche cousue, je lui dis : « C’est pour le bébé »
Elle : « Quel bébé ? »
« Le mien ! », que je lui réponds
« Je vais accoucher et je reviens »

VICTOR

Faire taire sa mouille la voisine

BRISÉIS

Qu’il est vilain le bedeau

VICTOR

Sinon faire courir le bruit plus de champignons qu’une pizza quatre saisons la voisine

JAMAL

Perso, il préfère la quatre fromages, rapport au gorgonzola

POMPON

Ou alors un gros panini, avec en entrée une bonne burrata

BRISÉIS

Il me sourit

BRISÉIS

Comme il est beau ce chérubin

POMPON

Ubin ! C’est moche

JAMAL

N’avait-on pas dit qu’ils choisiraient ensemble le prénom ?

POMPON

C’est l’heure du bain Ubin

BRISÉIS

J’ai dit « ce chérubin » comme j’aurai dit ce petit ange

POMPON

Ange ! Un prénom corse

JAMAL

Pour qu’il nous ramène du fromage avec des vers à la maison

BRISÉIS

Victor

JAMAL

Il nous rejoint avec sa compagne

POMPON

Clémence, vous la connaissez

JAMAL

« Ministère des Affaires étrangères
Clémence de Chœur, c’est mon nom »

POMPON

Victor et Clémence finissaient de dîner
Chaque Noël, je fais la dinde

JAMAL

Elle est métamorphosée quand elle fait la dinde…
Méconnaissable

POMPON

Pour les maronites j’ai remplacé les marrons par des châtaignes

JAMAL

Du coup, ça ne change pas le goût

BRISÉIS

Victor
J’ai promis de l’appeler Victor

BRISÉIS

Ce n’est pas la foire aux combines ici mes agneaux

VICTOR

La foire aux combines

BRISÉIS

Je vends ci, je promets ça

VICTOR

Lait de brebis

BRISÉIS

Vous aimez les pactes, en voilà un :
Briséis va rester cloîtrée au Prieuré et devenir bénédictine

VICTOR

Bénédictine Briséis

BRISÉIS

Avant l’an 2000, Victor devra connaître la vérité

VICTOR

Toute la vérité, rien que la vérité
Dîtes je le jure

BRISÉIS

Chaque anniversaire, vous viendrez au Sacré-Cœur pour la messe de Noël assis au premier rang

VICTOR

Chaque anniversaire, au premier rang

BRISÉIS

Les Bénédictines chantent à cette occasion
Briséis pourra voir son fils

BRISÉIS

C’est juré

POMPON

Juré

JAMAL

Il le jure

VICTOR

Y sonne les cloches ?

BRISÉIS

Y sonne les cloches !
Chacun imite le son avec la voix

VICTOR

Est grave le bedeau

POMPON

Comme une cloche ? Je saurais pas faire !

JAMAL

Et pour cause, une cloche ça raisonne

VICTOR

Est grave le bedeau

POMPON

Comment elle s’appelle la grosse cloche ?

JAMAL

Il a son nom au bout de la langue

POMPON

Elle était même la plus grosse cloche du monde à un moment

JAMAL

Ah oui ! Loin devant

BRISÉIS
désigne Victor

Savoyarde Do♯ 2

VICTOR

Au bedeau

BRISÉIS
désigne Jamal

Félicité Do 3

JAMAL

C’est tout lui

BRISÉIS
désigne Pompon

Louise Ré 3

POMPON

J’aurais préféré plus récent

BRISÉIS
désigne Briséis

Élisabeth Mi 3

BRISÉIS

Comme Élisabeth II mais en Mi 3

BRISÉIS
se désigne

Nicole Fa 3
Laisse ce qu’on te prend, prends ce qu’on te laisse

Ding Dang Dong

Auteur, compositeur : Jean-Vincent Bourgoing
Paroles

Ding ; Dang ; Dong

BRISÉIS

Allons
Le Petit Jésus à la crèche et tout ce petit monde à la messe

VICTOR

Entre l’âne et le bœuf

BRISÉIS

Ça le prépare à sa famille d’accueil

POMPON

J’ai fait les personnages en papier mâché
Rien que pour l’âne j’ai mâché toute la nuit

JAMAL

Pompon en bigoudis en train de mâcher un âne…
L’apocalypse selon Saint Jean

VICTOR

À l’étable le bedeau

SCÈNE 5

POMPON
l’artiste
JAMAL
le docteur
BRISÉIS
la princesse
VICTOR
le marin


CLÉMENCE
la maitresse

Un banc, une crèche – un toboggan sous des guirlandes

CLÉMENCE
entre

Joyeux Noël

JAMAL

Joyeux Noël
Maintenant que nous avons un enfant, mieux vaut être plein aux as

POMPON

Joyeux Noël
Ou faire contre mauvaise fortune bon cœur

VICTOR
chante

Nous entendons les cloches sonner depuis le Château des Brouillards

POMPON

C’est chanté ?

VICTOR

Je n’ai pas eu le temps de répéter cette scène
Ça m’aide pour retenir mon texte
D’après Jamal, chanter fixe la mémoire

JAMAL

Un truc de comédien
Une technique prônée par les meilleures écoles de théâtre

CLÉMENCE

Alors c’est bien fixe mais beaucoup moins fluide
Tu improvises

JAMAL

Improviser
Un grand acteur ne sait pas improviser
Il lui faut un texte, interpréter un auteur

BRISÉIS

On dirait qu’il récite ses tables de multiplication

CLÉMENCE
chante

Deux fois deux, quatre

BRISÉIS
chante

Trois fois trois, neuf

POMPON
chante

Quatre fois quatre… Treize ?!

JAMAL
chante

Presque

POMPON

Quinze ?!

JAMAL

Elle chauffe

CLÉMENCE

Montre-moi le nourrisson que tu tiens dans les bras

BRISÉIS

C’est mon doudou

VICTOR
approche du doudou

Il est d’où le doudou ?

JAMAL
caresse le doudou

Il est doux le doudou

CLÉMENCE

Un poupon aurait était plus vraisemblable pour l’accouchement

BRISÉIS

Personne ne touche mon doudou

JAMAL

Dépression post-partum
Sans vouloir exagérer

VICTOR

J’ai perdu mon nounours quand j’étais petit
Inconsolable

JAMAL

Son premier lapin en peluche est mort en couches
Bunny cuniculus exspirare

VICTOR

Tais-toi sorcier, ce mot porte malheur

CLÉMENCE

Une superstition dans la marine veut qu’on ne prononce jamais… « lapin »

VICTOR

Mais chut !

JAMAL
perd l’équilibre et tombe

Heureusement, la science détrône la superstition
Sinon il ne serait pas vêtu de vert au théâtre

POMPON
touche le pompon du bachi

Et pour contrer le mauvais sort, il suffit de toucher le pompon
Ça porte bonheur

JAMAL

Alors pas toujours mais il y a des moments d’extase

CLÉMENCE

Victor et moi nous avons une grande nouvelle à vous annoncer

VICTOR
semble affligé

Ce n’est pas encore sûr

CLÉMENCE

Je suis enceinte

VICTOR

Ça mérite confirmation

CLÉMENCE

Nous attendons un bébé

VICTOR

Attendons qu’il soit là pour nous réjouir

POMPON

Je vous prête mon coussin ?

JAMAL

Ils ne pourront pas l’adopter
Il préfère jouer cartes sur table

POMPON

Et annoncer la couleur

CLÉMENCE

Il devrait naître mi-avril

BRISÉIS

Nos enfants auront presque le même âge

JAMAL

Elle peut réserver d’ores et déjà pour bénéficier de toute la modernité de sa clinique et des techniques d’accouchement personnalisées
« La sauvage » sous un grand chêne
« L’aquatique » dans une piscine

POMPON

Dans mon bassin ?
Et mes carpes Koï du Japon j’en fais quoi ?!

JAMAL

Du sushi

POMPON

J’en reste muette

JAMAL

Comme une carpe

CLÉMENCE

Je préfère accoucher à Athènes auprès de ma famille

VICTOR

Voilà
À Athènes auprès de sa famille

CLÉMENCE

Pour l’heure, fêtons Noël

POMPON

Allons prier pour nos amis du Liban

BRISÉIS
repose le doudou dans la crèche et sort

Seize ans et pas un jour sans mon doudou

POMPON
lève le doigt enthousiaste et sort

Seize !

JAMAL
tapote Pompon comme un clavier et sort

La véritable calculatrice Texas Instruments

Seize ans

Auteur, compositeur : Jean-Vincent Bourgoing
Paroles

Seize ans

Seize ans on veut tout savoir
Sur l’amour et sur son pouvoir
Et la douleur d’un désespoir
Vient nous émouvoir

Seize ans on a le futur
Bleu infini de l’azur
Et des épreuves qu’on endure
On en sort plus pur

On aime
Quand on aime
À seize ans

Quand on aime
On aime
À seize ans

Seize ans on a l’avenir
Le temps de s’embrasser de rire
Et le temps d’apprendre à souffrir
On pousse un soupir

Seize ans on meurt de désir
Pour la fraîcheur d’un sourire
Et chaque baiser nous inspire
Les feux du plaisir

Quand on aime
On aime
À seize ans
On aime encore plus fort

Quand on aime
Comme on aime
À seize ans
On aime encore plus fort

Quand on aime
Comme on aime
À seize ans

On aime encore
Plus fort
On aime encore
Plus fort
On aime encore
Plus fort

Seize ans un matin à l’aurore
Un jardin de fleur à éclore
Et le chagrin le remord
De ceux qu’on adore

Seize ans la vie on la dévore
Notre innocence s’évapore
Et nous laisse au cœur un trésor
Plus précieux que l’or

Seize ans les mots se murmurent
En lettre d’amour sur les murs
Et pour guérir de leurs blessures
Un jour on les jure

Je t’aime
Comme on aime
À seize ans
On aime encore plus fort

Quand on aime
Comme on aime
À seize ans
On aime encore plus fort

Quand on aime
Comme on aime
À seize ans

On aime encore
Plus fort
On aime encore
Plus fort
On aime encore
Plus fort

VICTOR
presque sorti

Allons à la messe

CLÉMENCE

Victor… reste et cesse de réciter
Bedeau ! Puisque tu écoutes aux portes

SCÈNE 6




VICTOR
le marin

VICTOR
le clochard
CLÉMENCE
la maitresse

Un banc, une crèche – un toboggan sous des guirlandes

CLÉMENCE

En toute humanité, chacun connaît le malheur à son échelle
Pour certains c’est la misère quotidienne, pour d’autres la ruine, d’autres encore la perte d’un enfant, ici la maladie, là un accident
Mais le pire c’est celui qui geint et se plaint d’une piqûre de guêpe, et qui se roule par terre de douleur et qui maudit le ciel du mauvais sort qu’on lui fait, et qui gratte sa plaie pour que surtout elle ne cicatrise pas et même qu’elle s’infecte, qu’elle suppure et qui l’exhibe en chouinant qu’elle est trop dure sa vie

VICTOR
se protège derrière Victor

Le malheur ne fait pas semblant avec moi
J’ai été abandonné
J’ai vu les horreurs de la guerre…

VICTOR

Les corps mutilés…

VICTOR

Les cadavres partout…

VICTOR

Les femmes…

VICTOR

Les enfants…

VICTOR

Et le bruit…

VICTOR

Et l’odeur

CLÉMENCE

Je t’offre mes bras aimants, une famille, un foyer
Et toi tu vas fuir

VICTOR

Non

VICTOR

Mensonge

VICTOR

Ce n’est pas vrai

CLÉMENCE

Je t’invite chez mes parents à partager le luxe de leur maison d’Athènes et la douceur de ma ville natale
Et toi tu vas fuir

VICTOR

Non

VICTOR

Absurde

VICTOR

C’est faux

CLÉMENCE

Je guette chacune de tes escales avec patience et obstination pour échanger un baiser
Et toi tu vas fuir

VICTOR

Non

VICTOR

Impossible

VICTOR

Insensé

CLÉMENCE

J’accepte de donner à notre fille le prénom de ton amour fantasmagorique Briséis
Et toi tu vas fuir

VICTOR

Non

VICTOR

Jamais

VICTOR

Pas une fois

CLÉMENCE

Si tu vas fuir
Samedi 19 mai 1984, à tes 18 ans, tu es majeur

VICTOR

Après les deux ans de service que je dois à l’école des mousses…

VICTOR

Il quittera la marine…

VICTOR

Pour vous retrouver à Athènes

CLÉMENCE

Mais tu rentres à Montmartre pour disposer de ta solde
Et tu choisis l’aventure

VICTOR

Avec cette fortune…

VICTOR

Il aura ouvert une pâtisserie…

VICTOR

Une jolie pâtisserie pour nourrir ma famille

CLÉMENCE

Tu m’écris une carte postale pour m’annoncer que tu enverras de l’argent pour notre enfant le temps de ton périple
Pas un centime reçu

VICTOR

J’aurais tout perdu

VICTOR

Il aura croisé des voleurs qui l’auront détroussé

VICTOR

J’aurais croisé des voyous qui m’auront dépouillé

CLÉMENCE

La carte représente une jeune fille tenant un nouveau-né dans les bras, seule devant les portes fermées de la Basilique du Sacré-Cœur

VICTOR

J’aurais acheté cette carte postale…

VICTOR

Au vide-grenier rue Caulaincourt…

VICTOR

À un photographe du Montmartre des années 60

CLÉMENCE

Postée le jeudi de l’Ascension 31 mai 1984, de la Poste des Abbesses

VICTOR

Avec un timbre à 4,00 francs « Utrillo Le Lapin Agile »…

VICTOR

Représentant le tableau du Lapin Agile…

VICTOR

Peint par Maurice Utrillo en 1910

CLÉMENCE
Tend sa main vide

Tiens prends-la cette carte, lis-la et relis-la comme je l’ai fait cent fois, mille fois, à travers les larmes, la gorge vidée de ses sanglots, pour dire à notre fille « Papounou reviendra… »
Mais gentil papa ne revient pas…
Gentil papa gratte ses plaies

VICTOR
reçoit la gifle destinée à Victor

Chère Clémence

CLÉMENCE

Alors je quitte Athènes et les Affaires étrangères avec Briséis sous le bras pour m’établir comme institutrice à Montmartre

VICTOR

Pardon

CLÉMENCE

Certaine que Victor y reviendra un jour

VICTOR

Je pars faire le tour du monde

CLÉMENCE

Et j’attends…
J’attends…

VICTOR

Je t’enverrai de l’argent

CLÉMENCE

Jusqu’à ce qu’un clochard mendie à la sortie de la messe de Noël sur le Parvis du Sacré-Cœur

VICTOR

Embrasse Briséis pour moi autant que tu peux

CLÉMENCE

Je lui donne une pièce mais elle roule au sol

VICTOR

Adieu

CLÉMENCE

Le clochard en se penchant laisse échapper de sous son manteau…

VICTOR
retire le pendentif, le laisse à Victor et part avec Clémence

Le pendentif

VICTOR
prend le pendentif

Victor

SCÈNE 7






VICTOR
le clochard

Un banc, une crèche – un toboggan sous des guirlandes

VICTOR
soliloque et dialogue avec le doudou

Nous y voilà
Le piège se referme
Et ses mâchoires aux dents acérées me découpent en petites pièces comme un puzzle

Regarde-moi ça
Soi-disant je suis un enfant de la haute, abandonné par amour avec un petit mot tendre, adopté par des notables, un peu bourgeois, un peu bohèmes, Montmartre

Qui ?

Clémence ! Elle vient répéter sa comédie musicale dans le square Roland Dorgelès juste avant le passage à l’an 2000 pour m’empêcher de me pendre
La maitresse m’a reconnu sur le Parvis du Sacré-Cœur le soir de Noël à mon porte-bonheur…
Ma maîtresse rencontrée à Jounieh en juin 1982 lors du rapatriement des français du Liban
La mère de Briséis veut lui révéler ici, maintenant, que je suis son père

Quoi ?

Pas question !
Et je leur garde un chien de ma chienne, un loup de ma louve, une hyène de ma hyène

Où ?

Chypre… Mais oui !
Je suis « l’ogre »
Victor visitait de vieux potes à Larnaca vers le début de l’été 1984 et il dépensait beaucoup
J’étais en cavale on a sympathisé, lui avec ma débrouille et moi avec son flouze
Une nuit sans lune qu’on dormait tête-bêche, je lui ai mis un bon coup de bêche sur la tête
Tête-bêche, bêche tête
J’y ai piqué son fric et son pendentif
« Ton porte-bonheur te servira moins qu’à moi là où t’es mon gamin »
L’arnaque à Larnaca
Puis je l’ai mangé tout entier
« L’ogre », ça va les secouer ça

Quand ?

Tout de suite… Oh oui bien pire !
Je fracasse une bouteille et je m’ouvre les veines avec
Y trouveront mon cadavre tout pâle et tout froid derrière leur foutu toboggan
Victoire par game over le clochard

Pourquoi ?

Y va tourner court leur manège enchanté

ACTE V

vendredi 31 décembre 1999 un instant avant l’an 2000
Square Roland Dorgelès

SCÈNE 1



BRISÉIS
la princesse
VICTOR
le marin
BRISÉIS
la fée


Un banc, un toboggan renversé

Les Cloches de Montmartre

Auteur, compositeur : Jean-Vincent Bourgoing
Paroles

Les Cloches de Montmartre

Chabadabadabada Chabadabadabada
Chabadabadabada Un jour on se retrouvera

Chabadabadabada Chabadabadabada
Et l’amour nous embrassera

BRISÉIS
traverse la scène tenant à bout de bras un phylactère à la manière de Pompon

Vendredi 31 décembre 1999, un instant avant l’an 2000
Square Roland Dorgelès
Attention, il y a des tessons de bouteille partout

VICTOR
se laisse faire

Ma ma ma… maman… Aan

BRISÉIS
souffle à son oreille et lance un sort

Fff… Voilà, tu sais tout
Fais… de beaux rêves

VICTOR
s’endort en tétant

Miam miam miam

BRISÉIS
un boombox sur l’épaule

Victor !

VICTOR
s’éveille

Br br br… Briséis… Sss !

BRISÉIS
se cache derrière le toboggan et hurle

Fff… Par tous les elfes et les sylphes on ne peut pas…
Ha !

VICTOR

C’est un cauchemar
Ma vie est une malédiction
Le jour de mon anniversaire, je ne sais plus qui je suis

BRISÉIS
pose le boombox et enlace Victor

On s’accroche, on s’accroche
Mon fiancé

BRISÉIS

Le clochard…

VICTOR

Ma promise
C’est juste inconcevable
Ce clochard qui hurle dans la basilique après la célébration de Noël
J’aurais voulu m’arracher les oreilles

BRISÉIS

On entend parfois mieux sans écouter
Mon prince charmant

BRISÉIS

Il est…

VICTOR

Ma dulcinée
« Joyeux anniversaire Victor »…
« Ta mère c’est la bénédictine »…
« Pompon et Jamal ne sont pas tes parents »

BRISÉIS

Un peu de cran
Mon chéri

BRISÉIS

Tout pâle…

VICTOR

Mon adorée
Je suis un enfant abandonné, de père inconnu, vendu par ma propre mère

BRISÉIS

Courage
Mon cœur

BRISÉIS

Tout froid…

VICTOR

Ma bien-aimée
Depuis tout petit, chaque Noël, assis au premier rang, j’avais l’impression qu’elle chantait pour moi, envoûté par une voix qui me semblait familière, persuadé de déceler sous son voile un regard aimant

BRISÉIS

On reste à la hauteur
Mon ange

BRISÉIS

Il baigne dans une flaque…

VICTOR

Ma passion
Trahison, mensonge, démission, bassesse
Honte à vous parents ignominieux qui par vos lâchetés attachez la désespérance de vos enfants à vos ambitions hypocrites

BRISÉIS

On tient son rang
Mon tendre amour

BRISÉIS

De vin rouge

VICTOR

Mon âme charmante
Comment peux-tu encore m’aimer moi qui ne m’aime plus ?

BRISÉIS

Nous sommes plus que les enfants de nos parents
Mon père est parti j’avais à peine 1 an
Je me suis construite avec d’autres modèles
Sois toi-même, je t’aime ainsi

BRISÉIS
sort en voletant

Fff…

SCÈNE 2



BRISÉIS
la princesse
VICTOR
le marin

VICTOR
le clochard

Un banc, un toboggan renversé

VICTOR
se redresse, le pendentif caché sous ses vêtements

Bon sang de bonsoir, peut pas calancher tranquille

VICTOR
l’étrangle avec sa corde

Enfant de sal…

VICTOR

Oh !
C’est un comble ça
Un tesson de bouteille n’arrive pas à ouvrir ces veines
Et ta corde pourrait étrangler ce cou ?

BRISÉIS

Pitié
Épargne ton bourreau, évite la prison

Menottes

Auteur, compositeur : Jean-Vincent Bourgoing
Paroles

Objection votre honneur l’enfant n’est pas coupable
Il n’est pas responsable du malheur qui l’accable
À cet âge le cœur aspire comme une éponge
La sueur qu’on transpire le poison qui nous ronge

Comme on dit chez moi la pomme tombe sous le pommier
J’en prends à témoin le monde entier
Toute jeunesse mérite un meilleur soin
Que donner la patte ou serrer les poings

Qu’on ôte les menottes
Aux menottes des mômes
Qu’on ôte les menottes
Aux menottes des mômes

Faut être con pour mettre des menottes
Aux menottes des mômes
Alors qu’on ôte les menottes
Aux menottes des mômes

Quelques notes

Quand un mot a plusieurs sens ce n’est jamais pour rien
On fait bien la différence entre un chat et un chien
La société qui associe cadenas petites mains
C’est sûr qu’elle est sur le mauvais chemin

Technologie on n’a plus que ce mot à la bouche
À croire que plus aucun sentiment ne nous touche
Le système a poussé sa logique à l’extrême
Comme au pire moment du soviet suprême

Qu’on ôte les menottes
Aux menottes des mômes
Qu’on ôte les menottes
Aux menottes des mômes

Faut être con pour mettre des menottes
Aux menottes des mômes
Alors qu’on ôte les menottes
Aux menottes des mômes

D’autres notes

Évidemment la vie ce n’est jamais tout noir ou tout blanc
L’enfant tue un vieillard vieillard il sauve un enfant
Le poids de la moindre erreur pèse lourd dans la balance
Alors qu’elle est si légère l’innocence

Toute civilisation qui dévore ses enfants
S’offre en sacrifice pour son propre châtiment
L’homme a-t’il si peur d’éclaircir le mystère
Du temps naguère où l’homme rampait sur terre ?

Qu’on ôte les menottes
Aux menottes des mômes
Qu’on ôte les menottes
Aux menottes des mômes

Faut être con pour mettre des menottes
Aux menottes des mômes
Alors qu’on ôte les menottes
Aux menottes des mômes

Dernières notes

VICTOR

Je suis en mission
Oui j’ai hurlé et montré du doigt devant l’autel de notre Seigneur
Mais y avait un pacte

VICTOR

Non

BRISÉIS

Mensonge

VICTOR

Ce n’est pas vrai

VICTOR

Scellé par la mère supérieure, paix à son âme, entre ta mère la bénédictine, ta mère Pompon, ton père Jamal et ta mère Clémence

VICTOR

Non

BRISÉIS

Absurde

VICTOR

C’est faux

VICTOR

Que tu saches la vérité avant l’an 2000

VICTOR

Non

BRISÉIS

Impossible

VICTOR

Insensé

VICTOR

Quelqu’un qu’en a parlé avant ?

VICTOR

Non

BRISÉIS

Jamais

VICTOR

Pas une fois

VICTOR

L’année dernière, une brève dans le journal, y lit tous les jours surtout en escapade
« La mère supérieure des Bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre est décédée dans son sommeil »
Alors les autres vont se taire, paisibles, installés dans le confort qu’y saura jamais rien de la vérité le petit Victor
Et y a plus que le clochard pour dire

SCÈNE 3



BRISÉIS
la princesse
VICTOR
le marin

VICTOR
le clochard
CLÉMENCE
la maitresse

Un banc, un toboggan renversé

CLÉMENCE
entre

Et comment connais-tu ce pacte, clochard savant ?

VICTOR

Un gamin, aventurier à Chypre vers le début de l’été 1984
Y venait de quitter la marine avec un beau pactole
Y m’a bavé votre magouille une nuit sans lune
Magouille d’arsouilles

BRISÉIS

Papounou !
Il parle de mon père ?
Dis ce que tu sais

VICTOR
se gratte le ventre

Alors toute ma console, ma fille
Quand je l’ai laissé, y pesait pas plus lourd qu’un bébé de 12 mois

CLÉMENCE

C’est toi Victor !

VICTOR

Y a confusion

VICTOR

Explique-toi

VICTOR

Ça va secouer…

BRISÉIS

Raconte donc

VICTOR

Votre Victor visitait de vieux potes à Larnaca et il dépensait beaucoup

VICTOR

Pompon nous a parlé de son petit frère adoptif, parti à l’aventure sans plus jamais donner de nouvelles

VICTOR

J’étais en cavale, on a sympathisé, lui avec ma débrouille et moi avec son flouze

VICTOR

Sa solde

VICTOR
montre le pendentif qu’il porte

Une nuit sans lune qu’on dormait tête-bêche, je lui ai mis un bon coup de bêche sur la tête
Tête-bêche, bêche tête
J’y ai piqué son fric et son pendentif

VICTOR

Le pendentif que Pompon lui a passé autour du cou lorsqu’elle l’a trouvé, bébé abandonné sur le Parvis du Sacré-Cœur le jeudi de l’Ascension 1966

VICTOR

Un calligramme du poème « Les cloches » en forme de…

CLÉMENCE

Stop !

VICTOR

Il arrêtait pas de le répéter en serrant ses pauvres mains tremblantes dessus
« Ton porte-bonheur te servira moins qu’à moi là où t’es mon gamin »
L’arnaque à Larnaca
Puis je l’ai mangé tout entier

CLÉMENCE

Mais bien sûr

BRISÉIS

C’est à dire ?

VICTOR

Comment ça ?

VICTOR

Comme quand un ogre y mange de la chair fraîche

BRISÉIS

Mon Papounou !

CLÉMENCE

Tu prétends être…
Le père de la bénédictine…

VICTOR

Soi-même

CLÉMENCE

Cet infâme mafieux

VICTOR

Tel quel

CLÉMENCE

« L’ogre de Kormakitis »

VICTOR

En sa personne

CLÉMENCE

La bénédictine vient de retourner au cloître sinon elle t’aurait confondu
Menteur

VICTOR

Touchez ma bosse elle porte bonheur

CLÉMENCE

Jamal arrive avec Pompon et va te démasquer

VICTOR

Et d’une, mon beau-frère ne m’a pas vu souvent
Et de deux l’usure du temps et les turpitudes de l’exil m’auront flétri le visage, changé les traits

BRISÉIS
sort

Je vais sortir la bénédictine de son prieuré et la ramener par les ailes s’il le faut

VICTOR
sort

Je t’accompagne

SCÈNE 4


JAMAL
le docteur



VICTOR
le clochard
CLÉMENCE
la maitresse

Un banc, un toboggan renversé

JAMAL
entre

Pompon se pomponne
Elle arrive

CLÉMENCE

Tu reconnais cet individu ?!

VICTOR

Coucou

JAMAL

Le clochard ?

CLÉMENCE

Regarde mieux

VICTOR

Bonjour bonjour

JAMAL

Le clochard !

CLÉMENCE

Imagine-le plus jeune, moins abîmé

VICTOR

Hello hello

JAMAL

La Queen Elizabeth II ?…
John Lennon ?…
Obi-Wan Kenobi

CLÉMENCE

Le mari de ta sœur

VICTOR
ouvre les bras

Beau-frère !

JAMAL

Bof

CLÉMENCE

« L’ogre de Kormakitis »

JAMAL
l’étrangle avec les forceps

L’infâme mafieux

VICTOR

Y a longtemps
Il a perdu pied depuis il a expié

CLÉMENCE
retient Jamal

Ce n’est pas lui
Et voici notre bénédictine qui le confirmera

SCÈNE 5


JAMAL
le docteur
BRISÉIS
la princesse

BRISÉIS
la fée
VICTOR
le clochard
CLÉMENCE
la maitresse

Un banc, un toboggan renversé

BRISÉIS
entre avec Briséis

Fff… On me fait demander

JAMAL

Elle reconnaît cet individu ?!

VICTOR

Coucou

BRISÉIS

Fff… Le clochard ?

JAMAL

Et à le regarder mieux

VICTOR

Bonjour bonjour

BRISÉIS

Le clochard !

JAMAL

Et à l’imaginer plus jeune, moins abîmé

VICTOR

Hello hello

BRISÉIS

Harry Potter ?…
Jésus ?…
Obi-Wan Kenobi

CLÉMENCE

Ton père

VICTOR
ouvre les bras

Ma fille chérie !
Papa est de retour
Réjouissance

CLÉMENCE

« L’ogre de Kormakitis »

BRISÉIS
l’étrangle

L’infâme mafieux

CLÉMENCE
retient Briséis

Ce n’est pas lui

VICTOR

L’usure du temps et les turpitudes de l’exil m’auront flétri le visage, changé les traits

BRISÉIS
s’approche et le renifle

Il sentait le stupre et la luxure
Fff… Ce n’est pas lui

JAMAL
se renifle

Ça sent ça ?
Sans vouloir s’inquiéter

BRISÉIS

Lui sent le pralin à plein nez

BRISÉIS
s’approche et le renifle

Lui sent le pralin à plein nez…

VICTOR

Pas lui ?!
Graines d’avortons
Y va escalader le Campanile
Arrivé là-haut y grave son nom sur la Savoyarde
Et y saute les bras grands ouverts, l’ange déchu
Pas lui…
Minuit, les cloches vont sonner à toute volée, on entendra…
Victor, Victor, Victor

BRISÉIS
improvise une galette des rois et distribue les parts

Pour qui celle-là ?

VICTOR

Pour Clémence

BRISÉIS

Et pour qui cette énorme part de galette à la frangipane pralinée ?

VICTOR

Pour lui

BRISÉIS

Et pour qui cette minuscule part avec la fève dedans ?

VICTOR

Pour ma petite princesse

BRISÉIS
ouvre les bras

Mon Papounou

VICTOR
ouvre les bras

Ma fille chérie !

SCÈNE 6

POMPON
l’artiste
JAMAL
le docteur
BRISÉIS
la princesse
VICTOR
le marin
BRISÉIS
la fée
VICTOR
le clochard
CLÉMENCE
la maitresse

Un banc, un toboggan renversé

POMPON
entre

C’est un poisson clown qui croise un poisson clown
Et ça les fait rire…
Mais qu’est-ce qu’ils font ?

JAMAL

Clémence est la maitresse du clochard

BRISÉIS

Ma mère a écrit cette comédie pour nous réconcilier

VICTOR

Briséis est la fille de Victor

BRISÉIS

Et par un effet de réciprocité, Victor est le père de Briséis

POMPON

Alors tout s’arrange

JAMAL

Tout est arrangé depuis le début

BRISÉIS

Le calligramme d’Apollinaire, « l’ogre de Kormakitis »… Un conte de fées

CLÉMENCE

L’amour triomphe toujours

JAMAL

D’ailleurs, il souhaiterait la revoir
Sans vouloir abuser

POMPON

Venez au Cabaret chez Michou
Je joue Dalida et Marylin Monroe

JAMAL

Un transformé !

POMPON

Voilà le code pour entrer par la sortie de secours

JAMAL

Bigre tout de même !
Entrer par la sortie de secours
Voilà qui est plaisant

VICTOR

J’ai moi aussi un aveu à vous faire

BRISÉIS

Encore une révélation ?!

VICTOR

Je ne suis pas tout propre dans l’accident du colocataire qui se bat actuellement aux urgences contre un courant alternatif

BRISÉIS

Je m’en doutais

VICTOR
à Briséis

J’assistais incognito à vos répétitions, en mode furtif

BRISÉIS

Voyez-vous ce voyou !…

VICTOR

Quand je t’ai vue danser en claquettes
Oh le bazar ! J’ai vu la beauté, j’ai été frappé par la grâce, un coup de foudre

BRISÉIS

Le coquin !…

VICTOR

Briséis, je t’aime
Bien ou bien ?

BRISÉIS
tape Victor puis l’embrasse

Gredin !… Brigand !… Bandit !
Bandit, Bandit, Bandit

VICTOR

Doux bonheur où les corps et les âmes s’unissent
Tout chante l’amour de Victor pour Briséis

BRISÉIS

Tout palpite et danse quand deux êtres s’adorent
Ainsi bat le cœur de Briséis pour Victor
… Rrr

BRISÉIS

Bientôt minuit

POMPON

J’ai pris la branche de gui pour nous embrasser dessous

BRISÉIS

Ensuite nous irons au Sacré-Cœur suivre le feu d’artifice

JAMAL

L’an 2000 dans… Sa montre bugue

VICTOR

Attention… 12, 11, 10…

CLÉMENCE

Y a-t’il plus doux moyen que dire les choses en musique, en chanson et en danse

POMPON, JAMAL, BRISÉIS, VICTOR, BRISÉIS, VICTOR, CLÉMENCE
ensemble

3… 2… 1…
Bonne année !

Ding Dang Dong

Auteur, compositeur : Jean-Vincent Bourgoing
Paroles

Ding ; Dang ; Dong

Les Cloches de Montmartre

Auteur, compositeur : Jean-Vincent Bourgoing
Paroles

Les Cloches de Montmartre

Chabadabadabada Chabadabadabada
Chabadabadabada Un jour on se retrouvera

Chabadabadabada Chabadabadabada
Et l’amour nous embrassera